Kris des côtés oubliés de l’Histoire à la reconnaissance du prix Jacques-Lob

    Kris a reçu ce samedi soir à Blois le Prix Jacques-Lob (décerné depuis 1991 pour honorer le travail d’un scénariste). Une rencontre passionnante avec le nouveau lauréat, le lendemain matin, a permis de revenir sur sa carrière.

    Kris (à gauche, sous la casquette), ce dimanche matin à Blois, lors de la rencontre avec le nouveau prix Jacques-Lob.

    Certains ont plusieurs casquettes. Kris, lui est associé, dans le monde de la bande dessinée, à ses casquettes successives – mais au sens littéral du terme. Tendance kaki cubaine longtemps, plus bleu titi parisien désormais. Un aspect du personnage qui, pour le coup, n’a pas été abordé lors de la rencontre passionnante menée ce dimanche matin à la Maison de la bande dessinée de Blois avec le tout nouveau Prix Jacques-Lob du scénariste, reçu la veille au soir lors de la cérémonie du festival BD Boum et destiné à saluer un “scénariste ou dessinateur-scénariste ayant déjà publié plusieurs albums”.

    Mérité au vu de la quantité et la qualité de son œuvre et une quinzaine année de carrière,ce Prix a aussi donné l’occasion à Kris (alias Christophe Goret) d’évoquer son parcours et sa manière de travailler, lors d’une rencontre passionnante, ce dimanche matin.

    En vrai conteur qu’il est, le scénariste brestois né en 1972 est revenu sur ses origines – ouvrières et communiste – sa découverte de la bande dessinée « très classique franco-belge » grâce à la bibliothèque prolifique d’un oncle, puis celle de la nouvelle bande dessinée adulte des années 70-80 (Pratt, Tardi, etc.) à l’université. C’est là aussi que Kris fait ses débuts dans un fanzine qui va vite avoir sa petite notoriété locale, Le violon dingue, associé à un association ou naîtront les vocations notamment d’Obion ou d’Arnaud le Gouefflec.
    Pour sa part, la sienne est née tôt. A six ans, il réalise sa propre aventure de Tif et Tondu, les héros de Will transportés dans un voyage temporel. Confirmation de cette vocation précoce, à 12-13 ans, il écrit au journal Tintin pour prendre la défense de Tibet, concluant sur son désir d’être scénariste.

    C’est en ce début des années 2000, après avoir abandonné tout espoir d’une carrière de footballeur pro (il fut élève au centre de formation du Stade brestois) qu’il signera ses premiers vrais scénarios. Avec quelques imprévus qui auraient pu aussi changer sa carrière et son image dans le monde de la BD, si son premier scénario des Brigades du temps était paru tout de suite et non dix ans plus tard, repris par Duhamel au dessin.
    Loin de l’approche de scénariste jeunesse, Kris s’est forgé une image de scénariste politique et historique.
    Après une première série, le Déserteur (chez Delcourt), “un peu bâtarde de politique-fantasy“, il sort un album plus personnel, Toussaint 66 avec Julien Lamanda au dessin. Dans la foulée, il va commencer à travailler sur le premier ouvrage marquant de sa jeune carrière : Un homme est mort, sorti en 2006 et dessiné par Etienne Davodeau. Première pierre d’une oeuvre mixant recherche documentaire, exhumation d’épisodes passés méconnus et lecture politique.
    Pour celui-ci, Kris ne s’en cache pas, il s’agissait aussi de « remettre de la mythologie dans notre histoire de la gauche », avec cette grève ouvrière qui avait enflammé le Brest de l’après-guerre, alors que le tournant de la rigueur ayant suivi l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir avait signé une certaine fin des illusions.
    Son goût pour l’histoire ne se démentira plus. Mais c’est aussi en se plongeant dans les documents préparatoires à cet album qu’il va appréhender une plus grande complexité humaine. Comme il le note, « il y a peu de vrais connards, peu de vrais monstres, mais peu aussi de chevaliers blancs ».

    Et c’est ainsi, indirectement, d’un homme est mort qu’est né, comme il l’expliqua, le personnage de gendarme catholique héros de Notre Mère la guerre (paradoxal pour un fils d’ouvrier né dans une famille de bouffeurs de curés). Reflet de la découverte d’un commandant de gendarmerie qui assuma la fusillade des ouvriers brestois, alors qu’il n’avait fait qu’obéir à des ordres supérieurs.
    Un profil atypique que l’on retrouve aussi dans le héros, séminariste de sa récente série, en cours, Plus rien de toi. Là encore, une trace familiale s’ajoute à une volonté de mettre en lumière un fait historique plutôt méconnu : la présence de prisonniers noirs en Bretagne durant la Seconde guerre mondiale. Et la volonté, aussi, de répondre à un souhait de Fournier (le dessinateur de Spirou, époque l’Ankou ou Le Gri-gri du Niokolo Koba) : « Faire une série née de mon goût pour l’histoire, de son intérêt pour l’Afrique et de notre envie commune de raconter une histoire d’amour ».

    On retrouve cette passion pour les a-côtés de la “Grande Histoire” dans la plupart de ses albums, Coupures irlandaises (avec une part autobiographique), mais bien sûr Notre-Mère la Guerre, sa fausse suite Notre AmériqueSvoboda ou le tout récent Violette Morris. Prévu en quatre tomes, ce portrait de la championne atypique de l’entre-deux guerres devenue artiste avant de collaborer avec la gestapo, se double d’une véritable enquête, avec son complice Vincent Galic et l’historienne Marie-Jo Bonnet, encore inachevée, non pas pour la réhabiliter mais pour comprendre et, peut-être, effacer une légende noire.

    Une démarche, qui se rapproche de l’investigation journalistique menée dans La Revue dessinée qu’il a participé à accompagner au départ, qui ne vise pas « à l’obsession de l’exactitude historique mais recherche de la justesse d’une époque ». Une justesse qui est la marque, en effet, de ses albums.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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