La dernière provocation d’Alex Barbier

    Né à Saint-Claude, dans le Jura, voilà soixante-neuf ans, Alex Barbier y est mort ce 29 janvier.

    Une planche de “Dernière bande”, dernier album d’Alex Barbier

    Dessinateur de bande dessinée mais aussi peintre, il commença à publier dans Charlie Mensuel au milieu des années 70, où ses planches en couleur directe, ses divagations crûment sexuelles, séduisent ou révulsent. Après une longue parenthèse où il se consacrera exclusivement à la peinture, il revient à la BD au milieu des années 1990, avec des albums comme Les paysages de nuit ou Comme un poulet sans tête (tous deux parus chez Delcourt).

    En 2014, il publiait Dernière bande (ed. Fremok), où il adressait ses adieux à la bande dessinée. Une exposition lui avait été consacrée au Festival d’Angoulême 2015.

    Les éditions Frémok, pour qui Alex Barbier était une figure tutélaire ont publié un beau texte nécrologique, qu’on se permet donc de reprendre ici. La maison d’éditions alternative bruxelloise lui prépare aussi un hommage plus consistant, incitant à lui faire parvenir des textes, des images, des photos.

    Le pape du Frémok

    Couleurs criardes et univers hallucinés, jeunesses folles et lycanthropes, vices et bassesses ordinaires: dès ses premières publications dans Charlie mensuel puis Hara-Kiri, au début des années 80, Alex Barbier détonne, dérange. Malmenant les codes de la bande dessinée tant d’un point de vue narratif – déconstruction du récit, disparition des bulles et des espaces entre les cases – que pictural avec l’intrusion de la couleur directe, dont il est, rappelons-le, l’un des initiateurs en bande dessinée – il s’impose rapidement, avec Lycaons et Le Dieu du 12, comme le Maître sulfureux d’une avant-garde qui, depuis, n’a cessé de grandir.

    C’est dans les années 90 qu’Alex Barbier rencontre les jeunes éditeurs de ce qui allait bientôt devenir le Frémok. Le Frémok (alors Fréon) lui propose de publier quelques pages en couleur dans sa revue Frigobox, puis compilera ses peintures érotiques dans un recueil intitulé De la chose. Enfin, il publiera ses nouveaux livres (Lettres au maire de V., Autoportrait du vampire d’en face, Pornographie d’une ville), rééditera ses classiques épuisés (Lycaons, Le Dieu du 12) et s’entêtera à rendre, enfin, la place que mérite cet auteur essentiel de la bande dessinée contemporaine. En 2014, Alex Barbier faisait ses adieux à la bande dessinée dans Dernière bande.

    La grande exposition rétrospective qui lui avait été consacrée en janvier 2015 au Festival d’Angoulême retraçait l’itinéraire tumultueux d’un artiste damné et hors normes, en marge car transgressant sans cesse tous les codes narratifs et picturaux de la bande dessinée aussi bien que l’ordre établi, politique ou sexuel. Il aura continué à peindre jusqu’à la fin de sa vie.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Tout n’est pas encore gagné pour la Résilience

    Résilience, tome 2 : la vallée trahie, Augustin Lebon, avec la participation au scénario ...

    Asaf Hanuka et Jacques Tardi à l’honneur aux Eisner Awards 2016

    Les Eisner Awards 2016 viennent d’être décernés lors du Comic Con de San Diego. ...

    Richard Corben, Grand Prix d’Angoulême d’un autre genre

    Richard Corben a été désigné ce soir Grand Prix d’Angoulême 2018, pour l’ensemble de ...

    Pete Best, toujours bien à l’ouest

    Pete Best, Jean-Michel Thiriet (scénario), Jérôme Duveau (photomontages). Editions Fluide glacial, 48 pages, 10,95 ...

    Saga, toujours aussi haut en couleur

    Saga, tome 8, Brian K.Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin). Editions Urban comics, 152 pages, ...