L’âge d’or, volume 1, Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil, Edition Dupuis, collection Aire Libre, 232 pages, 32 euros (tirage de tête 58 euros).

    Dans un moyen âge fantasmé, le vieux roi est mort. Tilda, sa fille et enfant aîné, doit alors se préparer à prendre sa succession. Voulant soulager son peuple du joug exercé par les seigneurs de la cour, elle veut régner en apportant des réformes nouvelles. Mais en coulisses, les intrigues vont bon train et un complot mené par sa mère et le seigneur Vaudémont plaçant son jeune frère sur le trône la contraignent à prendre l’exil avec deux fidèles, le seigneur Tankred, un preux chevalier à la force colossale, et Bertil, un jeune écuyer idéaliste. Poursuivie par ses ennemis, la jeune princesse en fuite doit sauver sa peau en trouvant refuge chez de bonnes âmes. Elle découvre alors l’existence d’un livre l’Age d’or menant à un trésor mystérieux découvert par son père et dévoilé par son ancien aide de camp,  qui lui permettrait de prétendre au trône. Commence alors un périple aventureux, dans un royaume, ravagé par la guerre et la famine, où le danger est à la croisée des chemins. La quête de l’Age d’or ne fait que commencer.

    Roxanne Moreil, au scénario, et Cyril Pedrosa, au scénario aussi et au dessin, livrent ici une grande fresque médiévale (228 pages grand format !) revisitant la chanson de geste en bande dessinée. Leurs sources d’inspiration sont nombreuses. Entre Les rois maudits, qui parleront aux plus âgés d’entre-nous, ou au Trône de fer (le jeune frère a d’ailleurs un faux air de Jeoffrey Baratheon dans Games of throne), pour les plus jeunes, le duo d’auteur a conçu un royaume imaginaire, où les seigneurs se livrent à des batailles sans merci en oppressant le peuple, et où l’existence d’un livre aux pouvoirs mystérieux pourrait changer le cours des choses.

    Dans cette épopée chevaleresque modernisée, le héros – rôle traditionnellement dévolu à un chevalier pur de cœur et d’esprit – est ici une héroïne n’ayant pas froid aux yeux. On se prend d’affection pour cette princesse éprise de justice et d’équité, à la passion dévorante, en lutte permanente entre le goût du pouvoir et son envie de faire le bien. Une figure qui n’est pas sans rappeler celle de Jeanne d’Arc, mue dans le seul objectif de sauver le royaume.

    Si l’action se situe à l’époque du Moyen Age, les références et thématiques renvoyant à l’époque contemporaine sont nombreuses, entre féminisme, violences sociales et politiques et parfum insurrectionnel. On y croise ainsi une communauté de femmes voulant vivre à l’abri de la violence des hommes, des seigneurs retors et une reine-mère machiavélique à souhait, des paysans (les gueux) opprimés par la faim et la pression fiscale (clin d’œil rétroactif aux gilets jaunes qui n’existaient pas encore à la sortie de l’album !) ou encore des utopistes révolutionnaires rêvant d’un monde meilleur, où les privilèges seront abolis. A travers ce récit épique, c’est toute une réflexion sur la société et ses inégalités qui est abordée.

    Le dessin sublime et flamboyant de Cyril Pedrosa donne toute sa grandeur à cette saga, dont le trait pictural rappelle fortement les enluminures du moyen âge. Avec une mise en page très aérée et jouant sur les couleurs et la lumière, avec un réalisme époustouflant, Cyril Pedrosa prouve une fois de plus sa totale maîtrise graphique (déjà observée dans Portugal).

    Mention spéciale aux nombreuses doubles pages panoramiques dans l’album, offrant des paysages grandioses et où les actions des personnages sont décomposées comme au cinéma. L’auteur a dû sûrement penser à la tapisserie de Bayeux qui, selon de nombreux spécialistes, serait l’une des premières bandes dessinées avant l’heure.

    Le tome 2 est attendu avec impatience !

     

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    • Journaliste depuis près de 20 ans, dans différents titres de la presse locale, tombé dans la marmite des bulles, quand il était petit, en découvrant Snoopy puis les aventures d'un naufragé du A, des Tuniques bleues ou encore d'un Gentilhomme de fortune accompagné d'un célèbre révolutionnaire russe. Toujours passionné de BD, a collaboré à l'éphémère magazine BachiBouzouk, écrit un mémoire sur "L'Association" en 1999 sous la direction de Pierre Christin (IUT de journalisme de Bordeaux) puis aujourd'hui chroniqueur à Bulles Picardes.

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