La musique est leur royaume

    La nuit est mon royaume, Claire Fauvel. Editions Rue de Sèvres, 144 pages, 18 euros.

    Voici une histoire très rock. D’amitié et de musique. Elle commence plutôt mal, quand Alice débarque dans un collège de Créteil avec son blouson rose bisounours, elle a vite devoir se plier à la loi des banlieues. Et Nawel n’est pas la dernière à vouloir se payer la petite présumée bêcheuse. Sauf que, premier choc, elle est fascinée par l’écoute des chansons de Paul Mc Cartney sur l’iPod piqué à Alice. Et, deuxième choc, Nawel s’aperçoit qu’Alice est elle sont voisines. Bientôt, une grande amitié nait entre les deux jeunes filles, portée par un rêve commun: celui de devenir rock star. Alice a des talents de guitariste et Nawel s’affirme aux claviers mais surtout comme compositrice.

    Voulant croire fermement à leur destin, elles vont dépasser les difficultés, former leur premier groupe, Nuit noire et affronter une autre jungle, bien pire que celle de leur quartier, celle du milieu de la scène musicale de la capitale, des producteurs et des petits festivals. Mais aussi les amitiés trahies et les tensions familiales pour Nawel, dont la famille musulmane traditionnelle apprécie peu son évolution.

    Remarquée déjà pour La Guerre de Catherine et plus récemment par Phoolan Devi (primé l’an passé au festival d’Amiens), Claire Fauvel revient ici avec un one-shot très contemporain, mêlant une histoire d’amitié forte entre deux jeunes femmes à des thématiques plus sociales, comme le choc des cultures (entre les traditions bousculées dans la famille, aimante, de Nawel mais aussi celles, moins souvent remarquées entre les codes de la banlieue et ceux de la petite bourgeoisie parisienne.

    Suivant la trajectoire de ces deux héroïnes du collège jusqu’aux débuts du basculement dans l’âge adulte, et ce avec une fluidité exemplaire, Claire Fauvel livre un récit chaleureux d’émancipation et de passion. La partie sentimentale est un peu plus mélodramatique – mais dans le bon sens et participe à l’enrichissement de l’histoire. Et la conclusion est un appel au dépassement des déterminismes sociaux, sans en nier la difficulté.

    Le trait est toujours aussi sensible, dans un style semi-réaliste évoluant vers un plus grand réalisme. Le découpage est particulièrement soigné, avec beaucoup de petites cases pour le rythme mais en se permettant des pleines pages, voire des dessins double pages lorsqu’il s’agit de retranscrire l’émotion d’une chanson, l’énergie d’un concert.

    Une histoire qui parlera forcément au public adolescent, mais bien au-delà… Et qui pourrait, en passant, relancer l’attrait pour les Beatles. En tout cas, Claire Fauvel réussit très bien son passage en autrice complète.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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