La question israélo-palestinienne vue de la France

     Un chant d’amour. Israël-Palestine, une histoire française, Alain Gresh (scénario), Hélène Aldeguer (dessin). Editions de La Découverte, 192 pages, 22 euros.

    Ce 1er juillet, Benyamin Netanyahou pourrait se prononcer sur le “plan de paix” de Donald Trump et commencer à entreprendre l’annexion de la vallée du Jourdain et d’une partie de la Cisjordanie. Si le Premier ministre israélien poursuit dans sa logique, il risque surtout, une fois encore, de faire exploser la poudrière (c’est d’ailleurs, peut-être le but recherché, mais c’est un autre sujet). Et peut être, qu’une fois encore, les tensions au sujet des territoires occupés connaîtront-ils un écho en France.

    Si la question israélo-palestinienne a déjà été évoquée, avec pédagogie en bande dessinée, notamment par l’intéressant opus de la Petite bédéthèque des savoirs, on peut se plonger – ou se replonger, l’album étant paru en 2017 – dans Un chant d’amour – Israël-Palestine, une histoire française, qui se penche plus spécifiquement, pour sa part sur les relations très  de la France à l’égard d’Israël et du Moyen-Orient.

    Ce “chant d’amour”, c’est celui de la chanson de Mike Brant Laisse moi t’aimer. C’est surtout celui évoqué par François Hollande, fin 2013, reçu dans la résidence privée de Benjamin Netanyahou et lui assurant que “Pour l’amitié entre Benjamin et moi-même, pour Israël et pour la France, j’aurais toujours trouvé un chant d’amour pour Israël et ses dirigeants“.

    Mais si l’ouvrage s’ouvre et se termine sur cette séquence non dénuée d’ironie grinçante, c’est une histoire et des sentiments bien plus contrastés qui sont évoqués au fil du récit détaillé de cinquante ans de relations franco-israéliennes passionnées.

    S’ouvrant avec l’époque gaullienne, Alain Gresh et Hélène Aldegueur montrent comment le Général de Gaulle va prendre ses distances avec l’alliance stratégique nouée avec Israël, après l’offensive israélienne de juin 1967 – marquée notamment par sa fameuse phrase, en conférence de presse, sur le peuple juif “sûr de lui-même et dominateur“, qui verra le chef de l’Etat se faire accuser d’antisémitisme et provoquer l’une des premières poussées de fièvre hexagonale sur le sujet.

    Dans la foulée, lors de ces tumultueuses années 70 qui voient s’affirmer la montée en puissance des organisations palestiniennes, Pompidou puis Giscard poursuivront cette “politique arabe” à la française, avant que François Mitterrand ne commence à l’infléchir, puis que celle-ci perde progressivement en lisibilité, tandis que des accords de Camp David à ceux d’Oslo, la perspective d’une solution au conflit israélo-palestinien oscille entre quelques rares moments d’espoir et de longs temps de reculs, marqués par deux intifadas et plusieurs opérations militaires.

    Pas de révélations ici, mais un rappel historique des grandes dates de ce conflit et de l’évolution du rôle de la France. Un récit ou s’affiche le constat, désabusé, de la perte de poids tricolore sur ce terrain moyen-oriental, où la France en ayant perdu sa “politique arabe” en est devenue réduite, sous Sarkozy et Hollande, à ne faire que suivre les orientations américaines. A voir donc si un changement s’opère avec Emmanuel Macron et son ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian – qui fit partie, comme le rappelle le livre, de la première délégation envoyée dans les territoires occupés par l’association France-Palestine en juillet 1980. Une dernière anecdote qui montre en tout cas que le fils de l’histoire tissés depuis près d’un demi-siècle ont encore des résonances aujourd’hui.

    Ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Alain Gresh apparaît, forcément, comme plutôt pro-palestinien. Mais c’est tout le mérite de cet album que de rappeler tous ces moments historiques oubliés dans ce “conflit” qui, au fil des ans, apparaît à la fois de plus en plus confus et de moins en moins central. Et de le faire de façon très factuelle (tous les propos cités par les personnages sont authentiques) et très pédagogique.

    Illustratrice pour divers médias, auteure d’une bande dessinée sur le Souvenir de la révolution tunisienne, Hélène Aldeguer prend un parti-pris très symbolique, en jouant sur les contrastes du bleu, du blanc et du rouge. Parfois malhabile, son trait stylisé parvient à imposer une ambiance singulière et participe bien à une mise en scène très lisible et aérée de ce gros essai graphique. Un essai graphique qui permet utilement de se rafraîchir la mémoire au moment ou la question palestinienne et les volontés expansionnistes d’Israël refont surface.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    L’humour imagé d’Olivier Tallec

    Bonne journée, Olivier Tallec. Editions Rue de Sèvres, 56 pages, 14 euros. Graphiste, illustrateur ...

    Bolchoi Arena, une réalité virtuelle plus vraie que nature

    Bolchoï Arena, t.1: Caelum Incognito, Boulet (scénario), Aseyn (dessin). Editions Delcourt, 160 pages, 23,95 ...

    André, le bon géant

    André le Géant, la vie du Géant Ferré, Box Brown. Editions de La Pastèque, ...

    Prix ACBD Jeunesse 2019, il y en a pour tous les goûts

    L’ACBD a dévoilé la sélection des cinq titres en lice pour le quatrième Prix ...

    Hommages dessinés à Notre-Dame de Paris

    C’est devenu presque un rituel, depuis le massacre de l’équipe de Charlie hebdo, chaque ...

    Lady Whisky, un album pur Malt

    Lady Whisky, Joël Alessandra. Editions Casterman, 136 pages, 22 euros. Joël Alessandra a une ...