La terrible croisade des enfants

     La croisade des innocents, Chloé Cruchaudet. Editions Soleil, collection Noctambule, 176 pages, 19,99 euros.

    En 1212, entre la quatrième et la cinquième croisade, dans la région parisienne mais aussi en Rhénanie ou en Italie, se mirent en route des colonnes d’enfants – mais surtout de pauvres gens – partis à leur tour répondre à l’appel de la croisade pour libérer les lieux saints.
    Le jeune Colas n’y pensait guère, lui. Après avoir accidentellement poussé sa petite soeur dans l’auge des cochons où elle se blesse grièvement, il s’enfuit et après quelques jours d’errance, il parvient à se faire recruter dans une brasserie où il exploité avec d’autres pauvres enfants comme lui.
    Un jour, il croit apercevoir un homme, les bras en croix, sous la glace du lac gelé. Sous le choc, lui qui était muet depuis le traumatisme de son départ de sa maison, s’en explique avec son copain Camille, y voyant une vision divine et le corps du Christ. Tous deux se persuadent alors qu’ils se doivent d’honorer le seigneur et d’aller jusqu’à Jerusalem, parvenant à enrôler dans leur croisade une poignée de gamins, qui va bientôt s’accroître au fil du chemin.
    Celui-ci n’est pas facile, affamés, isolés, les enfants vont devoir multiplier les subterfuges pour survivre, se mettant au théâtre de rue pour rejouer avec des marionnettes la révélation de Colas ou en venant, plus radicalement, à piller les fermes qu’ils croisent. Et la fin de leur périple n’aménera pas forcément la rédemption espérée.

    Après Mauvais genre, Chloé Cruchaudet s’intéresse ici à d’autres proscrits avec une nouvelle oeuvre singulière et forte. Ici, c’est moins le fond de leur quête – et un mysticisme qui apparaît vite instrumentalisé – que la forme du périple de cette bande de gamins qui est décrite. Privilégiant les gros plans et se centrant sur les rapports entre ses petits héros, elle les rend vite attachants et cultive leur différence. Le trait fin est d’une sombre élégance, à l’image de la douceur tragique de cette croisade contée comme un conte réaliste et triste, où l’innocence se perd vite.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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