La Valtynière fait voyager d’Ouessant au fin fond de la galaxie

    Ouessant Terrae, Pascal Valty. Editions La Valtynière, 122 pages, 18,90 euros.
    Malossol Beach, Hannelore Cayre (scénario), Pascal Valty (dessin). Editions La Valtynière, 158 pages,  15,90 euros.

    La conjoncture incite plus à la prudence qu’à la témérité. Mais pourtant l’audace est encore de mise en matière d’éditions de bandes dessinées. Et c’est donc la seconde nouvelle maison d’édition qui voit le jour, en trois mois. En juin, Steinkis et Editis annonçaient la naissance de Philéas, dont les premières parutions sont annoncées pour octobre.

    Cette semaine, un autre éditeur voit le jour. Nettement plus modeste et aux ambitions plus mesurées. Mais la Valtynière, car tel est son nom, débarque néanmoins avec deux titres d’un coup, dans des registres très éloignés, entre une forme d’autofiction… et un space opera bien déjanté.

    Le projet, ici, s’apparente aussi, pour une part, à une sorte d’auto-édition, puisque le co-fondateur de la maison est aussi dessinateur des deux albums (dont un quand même scénarisé par l’autrice de polar Hannelore Cayre). Par ailleurs designer numérique et scénographe, collaborateur ponctuel au défunt Psikopat, Pascal Valty manifeste aussi une bonne dose d’humour (présente aussi sur sa page perso). Une qualité que l’on retrouve dans ses deux premiers albums “maison”.

    Ouessant Terrae, le plus majestueux par la forme (grand format, couverture cartonnée, beau papier, belle qualité d’impression) se présente comme une petite chronique sociale, voire d’autofiction. Une bande de bobos parisiens, pour la plupart avocats, se rend pour un week-end dans la résidence secondaire de l’un d’eux, sur l’île d’Ouessant.

    Une virée entre potes tranquille qui prend cependant, dès le départ, un petit air d’épopée, entre celui qui est en retard pour prendre l’avion, puis le périple en taxi pour ne pas rater le bateau. Une fois sur l’île, sur fond de festival rock, la petite bande va se retrouver confrontés à d’autres contrariétés: une intoxication alimentaires aux algues bleues, un mystérieux “esprit” qui tague les épaves de voitures pourrissant aux quatre coins de l’île ou, plus grave, une implication dans la disparition d’une jeune femme, à la fin d’une soirée très arrosée où on a vite fait de prendre une touriste allemande pour une sirène…

    Le tout est raconté sur un ton qui sent le vécu, dans l’esprit des “récits de bande”, entre les films de Claude Sautet et Les Petits mouchoirs. Les personnages sont bien brossés, les ambiances bien posées et les dialogues bien sentis. Et la banalité relative de ces petites anecdotes du quotidien, épicé d’une dose d’humour, fait la force et le charme de l’album.

    Graphiquement, en revanche, le dessin de Pascal Valty n’est pas franchement abouti, avec un style très caricatural et pas franchement attrayant. Mais c’est rattrapé en partie par la belle mise en couleurs et par un découpage en petites cases qui ne valorisent pas trop le graphisme.

    Malossol Beach, dans un plus petit format, couverture souple, style un peu “pulp” fait voyager bien plus loin que les îles bretonnes: au fin fond de la galaxie, jusqu’à Télucentre, planète minière hostile où les mineurs exploitent le minerai (et sont exploités) au profit de la société Télominor, avec comme seul loisir de maigres plaisirs sexuels prodigués par des F-Bot androïdes ou des D-Mos, des esclaves prostituées. C’est de l’une d’elle que tout va partir.

    Ona remarque chez Ilo, un des “telominor” abruti, une sculpture végétale. Fascinée par la beauté de l’oeuvre, elle l’inscrit au concours du Comité des arts de la Fédération des planètes. Il se fait alors repérer par un otium (membre de la classe supérieure) qui fait venir Ilo et sa muse accidentelle sur Hyspéria pour lui faire reconstituer la bataille des Thermopyles en arbres, oeuvre destinée à éblouir toute la jet-set galactique, qui réside sur cette planète tout aussi inhospitalière – elle est composé d’un océan acide… Mais les otium ont réussi à installer des “cheerios”, sorte d’anneaux de terre géants reconstituants des petits atolls où ils peuvent s’adonner aux arts et lettres, entre deux phases de catalepsie pour retarder leur vieillissement.

    Et si pour Ilo et Ona, cela tient lieu du paradis, ils vont découvrir la perspective toute particulière de l’art chez leur otium. Ils vont aussi entrer en contact avec les obstats, race éndémique d’Hyspéria ressemblant à des cornichons télépathes…

    Il fallait bien ce long résumé pour donner le cadre de cette histoire de science-fiction passablement délirante, et très ludique. Sans compter que le récit, mine de rien, s’avère bien maîtrisé, avec un sous-texte politique bien présent et une réflexion sur l’art, et ce jusqu’à un dénouement d’une ironie grinçante. Côté dessin, le style de Pascal Valty n’a pas changé. Mais notons que, malgré ses limites, il se montre aussi à l’aise pour dépeindre la mer d’Iroise que les océans acides d’Hyspéria, les Bretons et les cornichons télépathes. Ce qui est quand même à souligner et à saluer.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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