La vie devant Manuele Fior

    La vie devant soi, Emile Ajar (Romain Gary) illustré par Manuele Fior. Editions Futuropolis, 232 pages, 26 euros. 

    « La première chose que je peux vous dire c’est qu’on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu’elle ne se plaignait pas d’autre part, car elle était également juive. Sa santé n’était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c’était une femme qui aurait mérité un ascenseur. »

    Ce paragraphe, le premier de La vie devant soi, donne le ton – faussement enfantin – de ce roman honoré du Prix Goncourt en 1975. Histoire d’une amitié forte et paradoxale d’un petit garçon arabe, Momo, pour une vieille femme juive, Madame Rosa, qui ne veut pas finir à l’hôpital. Un roman prenant, émouvant, signé Emile Ajar derrière lequel se cachait Romain Gary, pseudonyme de Romain Kacew, né à Vilnius en 1914 et mort, suicidé à Paris en 1980. Mais c’est une autre histoire…

    Adeptes des adaptations littéraires et déjà à l’origine d’une version illustrée d’un autre roman de Gary (La promesse de l’aube par Joann Sfar), les éditions Futuropolis récidivent avec cet autre grand classique de l’auteur au double visage.
    C’est donc Manuele Fior qui met des images sur les mots de Romain Gary. A priori, l’auteur de la splendide Entrevue n’apparaissait pas le plus proche de cet univers. Mais le résultat est séduisant et réussi. Dans un style expressif, privilégiant les portraits comme croqués sur le vif, dans des teintes jaunes-sépia, Fior donne chair aux personnages déjà haut en couleur du roman. Avec toute la sensibilité et la délicatesse présentes dans ses autres albums.

    On lira – ou on relira – désormais le roman de Gary (un peu comme la récente adaptation de Boris Vian par les frères Brizzi) avec en tête les dessins marquants de Manuele Fior.
    Une jolie mise en valeur du texte en tout cas. Et qui peut, en ces périodes angoissantes de recherche désespérée de cadeau de dernière minute, offrir une belle issue. A la fois littéraire et graphique, “classique” et sous le signe de la modernité d’un auteur prometteur.

    Madame Rosa, vue par Manuele Fior
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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