Le 46e Festival d’Angoulême aime aussi les Monstres d’Emil Ferris

    Retour sur le palmarès des albums primés, ce soir, lors de la cérémonie de clôture du festival d’Angoulême. Plus quelques prix parallèles. 

     

     

    Le Fauve d’or 2019, prix de la sélection officielle a été remis à Moi, ce que j’aime c’est les monstres d’Emil Ferris (Monsieur Toussaint-Louverture Editions). Ce qui n’est encore que la première partie de cette chronique “monstrueuse”, aux multiples facettes, portée par un dessin stupéfiant et envoûtant est décidément bien l’ouvrage majeur de cette année 2018, qui avait déjà reçu entre autre le Grand prix de l’ACBD. Un plébiscite et une reconnaissance méritée. Et un Grand prix qui devrait faire l’unanimité, au sein d’une sélection de belle qualité où quelques autres albums auraient pu prétendre à être primés (on songe à Ailefroide altitude 3954 de Rochette ou Andy, un conte de faits de Typex) s’il n’avaient pas été confrontés à l’OVNI d’Emil Ferris.

    Le prix spécial du jury a été décerné aux Rigoles de Brecht Evens (Actes Sud BD), flamboyant voyage au bout d’une nuit de fêtes et de spleen.

    Le Fauve de la série a été attribué à Dansker du Danois Halfdan Pisket, troisième volet d’une trilogie biographique sur la vie de son père, déserteur de l’armée turque qui parvint finalement à se réfugier au Danemark.

    Le Fauve Révélation revient à Ted drôle de Coco d’Émilie Gleason (éditions Atrabile), évocation inspirée du frère autiste Asperger de l’auteure, transfiguré en un personnage dégingandé aux jambes immenses bousculé dans son quotidien rituel par une panne de métro.

    Le Fauve de la jeunesse a été remis au Prince et à la couturière de l’Américaine Jen Wang (éditions Akiléos), avec un prince se travestissant en reine de la mode la nuit, secret connu seulement par son amie et fidèle couturière.

    Le Fauve Patrimoine vient récompenser les Travaux d’Hercule de Gustave Doré (Éditions 2024). Cet ouvrage, parodie de la mythologie antique est surtout le premier livre réalisé par le tout jeune Gustave Doré. Cette décision du jury conclue une riche sélection de huit albums, dont M.Poche, Le coeur révélateur d’Alberto Breccia, The Game de Guy Pellaert

    Le Fauve Polar SNCF a été attribué à Villevermine, t.1 : L’homme aux babioles de Julien Lambert (Éditions Sarbacane), enquête d’un détective privé musclé et mutique (mais qui parvient à converser avec les objets) sur la disparition de la fille de la reine des bas-fonds, qui va le confronter à une armée d’hommes-mouche, à un savant fou et où il trouvera l’aide d’un enfant des rues.

    Le prix de la BD alternative a été attribué à Expérimentation conçu et publié par le collectif libanais Samandal.

    Le prix Schlingo à “Tendre enfance”…

    Avant la cérémonie officielle, plusieurs prix “officieux” avaient été dévoilés. Ainsi, le Prix Schlingo 2019 est revenu au très drôle et grinçant Tendre enfance de Jorge Bernstein et Laurent Houssin (paru aux éditions Rouquemoute).

    Jorge Bernstein
    Laurent Houssin

    Un album qui correspond donc bien à la philosophie de ce prix décerné depuis dix ans dans le cadre du “Off of Off”, créé à l’initiative de Florence Cestac et La Charente libre ; un prix qui récompense un “album de bande dessinée d’humour, ou un auteur ayant une communauté d’esprit avec l’œuvre de Charlie Schlingo. Un album à l’humour absurde, irrévérencieux ou poétique, un de ces albums gros nez malheureusement oublié des sélections du festival“.
    Préfacé par Yan Lindingre (rédacteur en chef, alors, de Fluide glacial, où ces histoires courtes parurent entre 2013 et 2017), cet album est un grand moment d’humour noir, dont le ton est donné dès la première planche (et un “cours de suicide” donné par un prof dépassé par ses élèves). Trash et drôle.

    … Et des Couilles au cul pour Ramón Esono Ebalé

    Conjointement au prix Schlingo a aussi été décerné le prix “CAC” (pour prix “Couilles au cul”). Un prix où l’on retrouve d’ailleurs Yan Lindingre, à l’initiative de sa création, auquel s’associe désormais Didier Pasamonik, directeur de la rédaction d’ACTUABD.Com.
    Lancé après le massacre de la rédaction de Charlie hebdo, en2015, ce prix vise à récompenser le courage artistique d’un auteur de bande dessinée, d’un dessinateur de presse ou d’humour. L’idée est donc de mettre en valeur un auteur à la fois talentueux mais qui doit aussi se battre pour continuer à publier.
    Après la dessinatrice tunisienne Nadia Khiari (Willis from Tunis) en 2016, la Turque Ramize Erer en 2017 et le dessinateur iranien Kianoush Ramezani l’an passé, c’est l’auteur guinéo-équatorien Ramón Esono Ebalé, alias Jamón y Queso qui a été récompensé.

    Caricaturiste, Ramón est également le quasi seul auteur de BD en Guinée équatoriale. Depuis 2011, il avait lancé un blog où il critiquait avec ironie le régime du président Obiang. Son site bloqué par les autorités, s’exilant au Paraguay, il a été emprisonné pendant six mois en 2017 après un retour passager dans son pays natal avec une assignation à résidence. Début novembre 2017, Cartoonists Rights Network International lui a décerné le Prix Courage dans le dessin de presse.
    Côté album, on lui doit Le Cauchemar d’Obi (éditions l’Harmattan), imaginant comment Teodoro Obiang, le président-dictateur guinéen se retrouve un matin dans un bidonville, au milieu de tous les laissés pour compte de son régime.

    Les lycéens aiment Ramirez

    Par ailleurs, le prix des lycéens 2019 est revenu à Il faut flinguer Ramirez, le réjouissant hommage au thriller des années 80 de Nicolas Petrimaux. Un album qui a déjà reçu le prix Canal BD 2018.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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