Le dernier Atlas, début d’une aventure géante

     Le dernier Atlas, tome 1 (sur 3), Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval (scénario), Hervé Tanquerelle (dessin), Fred Blanchard (design). Editions Dupuis, 232 pages, 24,95 euros.

    S’il ne faut pas opposer “la fin du mois et la fin du monde“, il ne s’agit pas non plus ici d’opposer guerre des gangs et guerre des mondes.

    Parti comme un roman noir nerveux, ce premier tome du Dernier Atlas révèle progressivement toute sa dimension… géante, puisque ce ne serait rien moins que la survie de la planète qui est en jeu.
    Et cela dans une sorte de dimension parallèle, uchronie subtile où le Général de Gaulle est devenu Président dès 1950, a lancé son grand projet de modernisation de la France à l’aide de ses robots géants Atlas, où il se voit désavoué et remplacé par Michel Debré à l’Elysée en 1962, puis par François Mitterrand en 1970, où l’Algérie n’accède à l’indépendance qu’en 1976 après la tragique “catastrophe de Batna”, impliquant des Atlas… Mais ce contexte géopolitique, s’il a des incidences sur le présent et se dévoile à travers de nombreuses allusions, demeure en arrière-fond d’une histoire plus contemporaine.

    En 2018, lorsque Ismaël Tayeb – petit malfrat nantais spécialisé dans le trafic d’arcades transformé en machines à sous – se voit missionné par un chef de la pègre pour aller trouver une pile nucléaire afin de fabriquer et vendre une bombe sale à des narco-trafiquants djihadistes maliens, il est loin de se douter que cette affaire va bouleverser sa vie. En Algérie, il est confronté à un phénomène surnaturel, tout comme la journaliste Françoise Halfort, partie constater l’étonnant rassemblement d’oiseaux qui ne se cachent même pas pour mourir dans le parc de Tassili. Ismaël va alors envisager un tout autre objectif au dernier Atlas qu’il se proposait de subtiliser du chantier indien où le robot géant pourrit depuis une trentaine d’années…

    De sa genèse – il fut pensé comme série-phare pour le magazine de BD numérique en ligne Professeur CyclopeLe Dernier Atlas a conservé son côté feuilleton à suivre, et ce découpage en chapitre d’une vingtaine de pages ponctué de cliffhangers à répétition. Cet aspect serial se révèle aussi dans la construction chorale du récit, mettant en scène une bonne dizaine de personnages autour de la figure centrale d’Ismaël Tayeb. Et pour mettre en scène cette oeuvre hors-norme, il fallait bien une équipe de choc. Au scénario, on trouve donc Fabien Vehlmann, prolifique auteur à la vaste palette d’expression, de la série jeunesse Seuls au récent thriller sexuel Polaris réalisé justement avec Gwen de Bonneval, associé ici lui aussi à l’écriture de cette réjouissante histoire. Au dessin, Hervé Tanquerelle (remarqué dernièrement pour son Groenland Vertigo) donne dans un trait plus réaliste, avec des personnages particulièrement expressifs et des ambiances soignées, ce qui est assez bluffant au vu du nombres de planches à réaliser. Ce dernier a bénéficié de l’apport, au design et au story-board de Fred Blanchard.

    Mêlant le roman noir, l’uchronie géopolitique, le dérèglement climatique, le souvenir persistant de la guerre d’Algérie et la science-fiction lorgnant (apparemment) vers le surnaturel, le récit se montre haletant de bout en bout. Et ce malgré sa pagination de plus de deux cents pages ! Côté références, cet Atlas fait songer au Géant de Fer (du joli film de Brad Bird) ou aux robots géants japonais, mais il conserve une incontestable singularité qui fait tout son charme… bien français.

    Fort de tout cela, ce récit d’aventures au format de roman graphique a tous les atouts pour être un des albums marquants de cette année 2019. Et peut être même bien le début d’une saga d’anthologie parvenant, qui plus est, à faire converger la bonne bande dessinée populaire et le récit d’auteur. Avec des auteurs au pluriel pour un projet vraiment géant.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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