Le grand moment final du “Grand mort”

    Le Grand mort, tome 8: Renaissance, Jean-Blaise Djian et Régis Loisel (scénario), Vincent Mallié (dessin). Editions Vents d’Ouest, 88 pages, 18 euros.

    A la fin du tome précédent, Pauline et Gaëlle n’avaient eu comme seule solution pour échapper à leurs agresseurs que d’utiliser les larmes d’abeille, les propulsant dans le “petit monde”. Là, elles vont découvrir “Sombre”, le fils qu’a eu Erwan malgré lui avec la prêtresse hermaphrodite Macare. Cette dernière est entre la vie et la mort, mais l’on commence à comprendre quel était son vrai dessein. Un plan dans lequel Blanche (la fille de Pauline et de cette même Macare) joue un rôle essentiel et monstrueux. Et voilà qu’accidentellement Sombre va aussi se retrouver dans notre monde, toujours en plein chaos, lors du retour de Gaëlle et Pauline. Tous les trois vont alors tenter de retrouver Erwan et Blanche – dont les relations sont de plus en plus tendues. Des retrouvailles qui vont permettre de saisir pleinement les enjeux qui attendent tous les protagonistes. Avant une hypothétique renaissance…

    Douze ans après la parution du premier album, ce huitième volume marque la fin de cette magnifique saga, mêlant fantasy et anticipation post-apocalyptique. Et le clin d’oeil entre les couverture des deux volumes – avec son effet miroir des deux groupes convergeant vers un même point dans l’herbe rouge – n’est pas que graphique. Ces retrouvailles dévoilent les dernières zones d’ombres, permettant de comprendre tout le mécanisme qui se jouait, sans que les personnages – ni les lecteurs – ne le soupçonne réellement. Même si le côté symbolique des deux “jumeaux” Sombre et Blanche laissaient bien sûr entrevoir une fusion source d’harmonie future.

    La fin d’une histoire, plus encore d’une “série culte”, comme le précise le sticker collé sur la couv’ de Renaissance, est toujours angoissante. Par la perte de héros devenus familiers, la nostalgie des moments passés ensemble et, surtout, la crainte que tout ce long chemin ne s’affaisse par un épilogue décevant. Ce n’est pas le cas ici.

    Après plusieurs rebondissements, et une fin soigneusement mise en place en se donnant le temps nécessaire (avec près de 90 pages quand même), Régis Loisel et Jean-Baptiste Djian maintiennent bien leur récit, en toute cohérence. Une logique dont l’humanité ne sort pas indemne – elle avait commencé à bien en baver dans les épisodes précédents – et dont les auteurs ne nous épargnent rien, en matière de putréfaction, de cadavres ou de destruction.

    Et si le message n’est pas franchement optimiste, il n’est pas non plus désespéré. Comme une forme d’évidence fataliste plutôt. Car “cette simple petite planète continuait à tourner sur elle-même malgré les problèmes qu’elle avait traversés“… Et cette atmosphère est en parfaite adéquation avec la beauté sereine et fluide du dessin de Vincent Mallié, tout comme de la mise en couleur satinée de Lapierre. Une belle fin pour un recommencement. Ou l’inverse.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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