Le plaisir de revisiter Versailles et Le Cid avec la Boîte à bulles

    Parmi les nombreuses offres de lecture de bande dessinée numérique gratuite en ligne en ce moment, arrêtons-nous cette fois particulièrement sur deux propositions de la Boîte à bulles,

    En plus d’un album par jour (à retrouver sur son site, son fil twitter et sa page facebook), la petite maison d’édition indépendante, créée en 2003 par Vincent Henry et spécialisée dans les jeunes auteurs, propose aussi deux ouvrages revisitant de façon intéressante des “classiques”. A lire ce week-end pour l’un, et jusqu’à début mai pour l’autre…

    Le Cid dans un collège de banlieue pendant les vacances

    Tout d’abord, accessible jusqu’au 3 mai, Le Cid en 4e B, dessiné et scénarisé par une prof de Français en REP. Inspirée par les remarques farfelues (et parfois très pertinentes derrière un langage guère académique) de ses élèves lors de l’étude de certains actes de la pièce de Corneille, elle relate dans cet album la découverte et l’appropriation progressive par les élèves de cette oeuvre pas forcément évidente.
    Focalisé sur les réactions des élèves, avec une enseignante jamais montrée et présente uniquement par des cartels en “voix off”, le récit s’apparente à un vrai reportage en immersion dans la classe où l’on va voir comment Naomy, Sarah-Lou, Brandon ou Amine vont rencontrer Chimène, Rodrigue et Don Diègue. Une immersion qui sent le vécu, portée par un dessin simple et chaleureux, drôle dans sa confrontation entre l’argot de banlieue et les alexandrins du XVIIe siècle mais aussi souvent bluffante dans la manière dont ces collégiens, pas franchement enthousiastes au départ, décryptent l’intrigue. Et la manière dont, sous certains aspects, Corneille s’avère plus rebelle que les gamins du XXIe siècle.

    Accessoirement, cette approche du Cid permet aussi de redécouvrir quelques répliques qui sont entrées quasiment dans le langage commun sans qu’on se souvienne toujours de leur origine!

    Une visite à Versailles ce week-end

    Seconde découverte également réjouissante à ne pas louper – d’autant que l’offre n’est valable que jusqu’à ce dimanche 26 avril – Le Château de mon père, qui n’est pas une relecture de l’oeuvre de Marcel Pagnol, mais l’évocation de la manière dont le château de Versailles a été “ressuscité”, à la fin du XIXe siècle par un conservateur du musée, Pierre de Nohlac. Encore marqué par son rôle durant la Commune de Paris (où il accueillit l’assemblée “versaillaise”) et pas en odeur de sainteté pour la IIIe République naissante vu son parfum d’Ancien régime honni, le parc et le Château de Versailles sombrent progressivement dans l’oubli.
    Lorsqu’il y est nommé comme attaché puis rapidement comme conservateur du musée, en 1887, Pierre de Nolhac se découvre une vraie passion pour l’édifice et il y mettra l’ambition d’une vie afin de lui redonner sa splendeur. Un engagement réussi, à l’aube de la Première Guerre mondiale, mais payé au prix de sa vie familiale. Il mettra toute son énergie pour redonner au lieu ses lettres de noblesse… Dans ce long one-shot (170 pages sans aucune longueur), c’est le fils de Pierre de Nolhac, Henri, qui conte sa vie de famille et sa vie de château, entre joies et drames, petite et grande histoire…

    Et derrière cet album, paru à l’automne dernier, on trouve au scénario Maïté Labat, cheffe de service des productions numériques et audiovisuelles au musée du Louvre qui a un temps travaillé à Versailles où elle a eu l’idée de ce récit en bande dessinée, réalisé en collaboration avec le romancier Jean-Baptiste Véber. Une véritable redécouverte patrimoniale et historique, mais aussi une évocation contrastée du combat d’un homme tombé véritablement amoureux de son musée. L’autre raison de s’enthousiasmer pour cet album est le travail graphique d’Alexis Vitrebert qui, pour sa première incursion dans la bande dessinée, livre un superbe travail au lavis, dans un noir et blanc qui restitue la profondeur historique mais aussi toute l’émotion vécue par les personnages.
    De quoi voir d’un autre oeil le château préféré des touristes en vadrouille à Paris.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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