Le statut des auteurs (notamment de BD) s’enracine

    Le très attendu Rapport de Bruno Racine sur le statut de l’auteur (de bande dessinée, notamment) vient d’être rendu public, à une semaine du festival BD d’Angoulême.

    Un dessin (anonyme) sur le site de la Ligue des auteurs professionnels, illustrant la fébrilité avec laquelle le rapport Racine était attendu

    Il y a une semaine, sur une radio publique nationale, l’autrice Marion Montaigne s’en était directement ouverte au ministre de la Culture, l’enjoignant de rendre enfin public le Rapport Racine. Une étude commandée voilà un an et destinée à lancer une réflexion “au service de tous les créateurs” et très attendue depuis.

    L’autrice de Dans la combi de Thomas Pesquet et de la série Tu mourras moins bête promettait d’ailleurs au ministre, Frank Riester, un accueil chaud s’il lui prenait l’idée de venir au Festival de BD d’Angoulême sans avancées sur ce dossier.

    Quelques jours auparavant, le directeur du syndicat national des éditeurs (SNE), Vincent Montagne avait anticipé des éventuelles nouvelles contraintes en appelant l’Etat à la prudence, pour ne pas dire au statu quo.

    Le petit livre bleu des artistes-auteurs

    A une semaine d’Angoulême, c’est chose faite : Le rapport est disponible sur le site du ministère depuis ce jeudi 23 janvier.
    Riche de près de 150 pages, il ne concerne bien sûr pas uniquement la bande dessinée, mais l’ensemble des acteurs du champ artistique et de “l’acte de création”. Avec l’ambition de “caractériser de façon objective l’évolution de la situation des artistes-auteurs” – marquée par une précarité croissante, que le rapport acte – mais aussi d’avoir une vision prospective sur la “scène artistique de demain”. Enfin, “postulant la légitimité d’une politique des auteurs“, la mission conclut à “la nécessité pour l’Etat de s’affirmer dans son triple rôle de régulateur et garant des équilibres, de promoteur de l’excellence, de la diversité et de la prise de risque, tout en se montrant lui-même un acteur exemplaire“.

    Pour le constat, la mission souligne la “fragilisation de la situation de l’artiste-auteur“, et acte une claire baisse de revenus moyens des auteurs depuis une quinzaine d’années, hormis les sculpteurs et plasticiens. Dans un petit focus sur la bande dessinée, le Rapport rappelle aussi le constat réalisé dans le cadre des Etats généraux de la bande dessinée, en décembre 2016, qui révélait qu’en 2014, 53 % des auteurs ayant répondu à l’enquête avait un revenu inférieur au SMIC et que 36% étaient en dessous du seuil de pauvreté (des chiffres montant respectivement à 67% et 50% s’agissant des autrices de BD !).

    Concrètement, le rapport Racine formule 23 recommandations visant à mieux prendre en compte la demande de statut des “artistes-auteurs”. Celles-ci visent notamment à mieux ancrer ce statut particulier, individuellement, mais aussi collectivement (en organisant notamment des élections professionnelles dans chaque secteur de la création). Une vraie prise en considération des auteurs.

    S’agissant spécifiquement de la bande dessinée, le rapport prend position, dans sa recommandation n°17, sur un sujet qui agite de plus en plus le petit monde de la bande dessinée ces derniers mois: la rémunération des auteurs de bande dessinée et de littérature jeunesse lors des salons et festivals. L’idée avancée serait d’instaurer cette rémunération “de manière partenariale avec le CNL et la SOFIA“.

    Des propositions pour une bonne part très techniques, mais qui ne manqueront pas de susciter une vigilante attention des premiers concernés.

    Bon accueil de la Ligue des auteurs

    La Ligue des auteurs professionnels, présidée par le grand auteur de bande dessinée Denis Bajram (Universal War) se félicite en tout cas de ces propositionsle plus souvent novatrices et à la hauteur de nos attentes“, et rappelle avoir été en partie à l’origine de cette initiative et participante à la mission Racine en ayant notamment transmis son propre rapport sur le statut des auteurs. Même si, côté nouveaux financements, le rapport Racine balaie en grande partie les pistes évoquées par la Ligue, mais évoque une “éventuelle taxe sur les transactions de commerce d’art” ou, à défaut d’une “contribution volontaire des galeries” à un fond d’aide à la création.

    Reste à voir quel avenir est promis à toutes ces recommandations et comment celles-ci seront concrètement mises en pratique, alors que le ministre de la Culture s’inscrit, ce même jour dans une interview assez hallucinante à Libération, dans une stricte défense de l’orthodoxie budgétaire gouvernementale. Sur ce plan, le Rapport Racine, l’écrit en tout cas clairement: l’Etat est “mis au défi d’agir“.

    En attendant, et malgré donc un premier retour plutôt approbateur, la mobilisation est toujours inscrite à l’ordre du jour d’Angoulême. Un appel lancé par les organisations professionnelles de la BD (Snac BD, Ligue des auteurs professionnels, Etats généraux de la bande dessinée, adaBD et Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse) invite les auteurs présents à Angoulême à “poser les crayons” ce vendredi 31 janvier à 16h30. Et des actions seront aussi proposées à ceux et celles qui ne sont pas à Angoulême. Avec ce rappel: “Sans autrices et auteurs, pas de BD !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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