Le voile levé sur le départ au jihad

     Le voile noir, Dodo (scénario), Cha (dessin). Editions Casterman, 

    La question des jeunes Français “partis au Jihad” – comme le chante Gauvain Sers – a fait l’objet, voilà deux ans d’un émouvant album, l’Appel, de Laurent Galandon et Dominique Mermoux, vibrante recherche par une mère de son fils parti en Syrie. C’est ce même thème qu’évoque Le Voile noir. Avec un ton très différent mais un propos qui, au final, converge.

    Cette fois, c’est une jeune fille, Pauline, qui est partie en “Syrakie” pour épouser un jihadiste, au grand désespoir de ses parents. Membre d’une ONG, sa cousine Gina n’hésite alors pas une seconde. Elle parvient à contacter le réseau qui a exfiltré Pauline, simule une conversion express et part, elle aussi, en Syrakie, où elle saisit vite la difficulté de son entreprise. Elle se retrouve cloîtrée dans la maison des femmes et sous une surveillance permanente. Seule dans la confidence, Tata Alice, féministe aux idées bien arrêtées, décide alors à son tour d’aller sauver ses nièces. En se grimant carrément, elle, en homme. Affecté à la cuisine, elle va découvrir, accablée, le niveau des combattants locaux et tenter d’entrer en contact avec Gina et Pauline pour les faire s’évader.

    Laurent Galandon et Dominique Mermoux avaient fait le choix du réalisme et de la subtilité. Marie-Dominique Nicolli (alias Dodo) et Charlène Jean (Cha), à l’inverse font dans la dérision, le registre burlesque et un traitement qui se rapproche des bande dessinée humoristiques jeunesse. Ce qui n’est pas moins délicat et difficile, vu le sujet.
    Le récit ne fait donc pas dans la dentelle, avec ses personnages totalement caricaturaux (au premier chef la super-Tata Alice planquée derrière sa barbe postiche), ses lieux et personnages faussement imaginaires (comme la Syrakie du Président Bachsad…), ses gags à répétition. Mais tout en forçant le trait, les deux auteures instillent une forme de véracité à leur histoire. La description des jeunes jihadistes en branleurs de quartier incultes ou de l’oppression des femmes est forte et parlante. Et au final, le message passe. A travers un album qui en reste néanmoins donc assez atypique par son approche humoristique d’un sujet d’actualité particulièrement tragique.
    Mais cela n’est pas plus singulier, finalement – sur le plan graphique – que l’union entre Dodo, connue pour ses histoires avec Ben Radis et ses personnages à gros nez, et Cha (qui s’est fait connaître, comme dans le diptyque Un homme de goût ou Pizza Roadtrip) par ses personnages au nez minuscule, voire sans nez du tout).

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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