Trois albums en lice pour le 2e prix ACBD Québec

    La branche québecoise de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) organise son deuxième Prix de la critique. Trois ouvrages, qui ne manquent pas de qualités, sont dans la liste finale.

    capture-decran-2016-10-09-a-17-43-55Deuxième édition pour le Prix de la critique de la bande dessinée québecoise. Le deuxième lauréat, qui succédera à Jimmy Beaulieu, prix 2015, sera connu à la fin de ce mois d’octobre. Et remis lors du salon du livre de Montréal, le 18 novembre. Mais, d’ores et déjà, il est possible de constater qu’il s’agira d’un prix mérité, au vu des trois titres sélectionnés par les membres de l’ACBD (Québécois mais aussi Français) parmi 154 titres québécois publiés entre le 1er juillet 2015et le 30 juin 2016.

    Intéressants tous trois, ces romans graphiques sélectionnés sont en revanche d’un registre très différent et méritent tous trois que l’on s’y arrête…

    la-femme-aux-cartes-postalesLa femme aux cartes postales de Jean-Paul Eid et Claude Paiement (éditions La Pastèque) est une chronique entre deux époques. A la fin des années 1950, on va suivre la destinée de Rose Grenier, jeune fille d’un petit village de Gaspésie, Saint-Emilie-de-Caplan, “partie à la ville”, à Montréal pour y vivre une carrière de chanteuse de jazz ; rêve atteint mais dans une réalité pas mal cabossée. En parallèle, en 2002, un archéologue parisien apprend… qu’il est mort dans les ruines du World Trade Center le 11 septembre. Ou, plus exactement que son jumeau, dont il apprend l’existence par la même occasion est mort, lui, dans les tours jumelles de Manhattan. Placé en famille d’accueil, il s’embarque pour l’Amérique pour retrouver trace de sa famille ; une enquête qui va le mener à Sainte-Emilie de Caplan. Un beau récit, finement dessiné dans un style réaliste en crayonné de gris et ponctué par les cartes postales que Rose Grenier s’envoyait à elle-même, élément qui rythme le livre et lui donne son originalité narrative.

    demoiselle_en_blancLa demoiselle en blanc de Dominick Parenteau-Lebeuf et Eléonore Goldberg (éditions Mécanique générale) est aussi une histoire de femme. Et aussi une histoire mêlant passé et présent. Mais dans une approche plus singulière.
    En novembre 2009, à Berlin alors que le Mur vient de s’effondrer, la municipalité se prépare à faire détruire une masure. Sans imaginer que celle-ci recèle un fantôme, le “négatif” de la photo d’une jeune femme, prise en 1932 sur une île du nord de l’Allemagne. Un “cliché” qui va passer toutes ces années à attendre qu’on veuille bien le développer, avec comme seule compagnie une esquisse de chat gribouillée sur un papier ; “photo d’identité aux identités multiples“, “demoiselle d’Avignon dans une chambre noire de Berlin” regardant par le soupirail de la salle de bain et l’Histoire tragique du pays s’écouler au dehors.
    En noir, blanc et gris aussi, mais réalisé dans un style plus pictural, avec un trait dense à l’encre de Chine, ce récit intimiste – adapté d’une pièce de théâtre – et inspiré d’une série de photos priser par le dadaïste franco-allemand Raoul Hausmann, est d’une incontestable originalité. Et d’une très belle facture graphique, réflexion sur la représentation, l’art photographique et sa capacité à capter l’âme.

    whitehorse_1ere_couvWhitehorse, 1ere partie, de Samuel Cantin (éditions Pow Pow) tranche en revanche. Centré sur les états d’âme d’un aspirant-acteur et satire du milieu intello-bobo montréalais (le cinéaste Xavier Dolan étant particulièrement pris pour cible de façon caricaturale), ce roman graphique est pour sa part nettement plus littéraire que graphique. Voire franchement bavard. Le dialogue volubile de son héros – un brin saoûlant pour le lecteur comme pour sa petite amie – illustre, non sans humour, son malaise existentiel.

    Au-delà de ces trois albums – qui forment une bonne et cohérente sélection – d’autres oeuvres démontraient des qualités, comme Avant l’apocalypse de Réal Godbout et Adèle Bourget-Godbout décrivant un monde dinosaurien antropomorphe à l’histoire si semblable au nôtre dans un style d’imagerie traditionnelle, Turbo Kid de RKSS et Jeck Dion, “antépisode” très réussi du film du même nom, sous forme de pastiche de comics post-apo vintage, Nunavik de Michel Hellman à mi-chemin du reportage anthropologique et de l’autofiction comique dans un style animalier à la Lapinot de Trondheim ou encore l’étonnant roman graphique dessiné et écrit à la main par Julie Delporte Je vois des antennes partout.

    Rappelons que ce Prix de la critique ACBD de la bande dessinée québécoise vise à mieux faire connaître les oeuvres locales au-delà des frontières du Québec. Et, comme son “grand frère” français, il est destiné à récompenser « dans un esprit de découverte, un livre de bande dessinée, publié en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquant par sa puissance, son originalité, la nouveauté de son propos ou des moyens que l’auteur y déploie ».

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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