Ainsi Catel…

    Ainsi soit Benoîte Groult, Catel, éditions Grasset, 336 pages, 22 euros.

    Tout est parti d’une commande de Libération, pour un reportage graphique de deux pages, en 2008. Mais la rencontre entre la dessinatrice Catel et la romancière féministe Benoîte Groult semble aller de soi, après ses précédents ouvrages consacrés à Kiki de Montparnasse et Olympe de Gouges, l’activiste girondine de la révolution française, auteure de la “déclaration des droits de la femme et de la citoyenne” ; femme illustre à qui Benoîte Groult a aussi consacré un ouvrage.
    De ce premier contact est né un projet de livre, qui aboutit aujourd’hui à ce gros pavé de plus de trois cents pages, qui tient de la biographie dessinée – bio-graphique, comme aime à le caractériser Catel – mais aussi du récit de ces cinq ans de complicité, progressive, entre les deux femmes de deux générations différentes.

    Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, ni son oeuvre, Ainsi soit Benoîte Groult (en référence à l’ouvrage féministe fondateur de cette dernière, Ainsi soit-elle) apporte un bon éclairage sur la vie exceptionnelle de cette femme, aujourd’hui âgée de 93 ans. Petite fille de bonne famille, complexée par l’aura d’une mère déjà libérée, à la manière des femmes du début du XXe siècle (elle réussit dans la haute couture, tandis que son mari s’adonnait à l’ébénisterie d’art), épouse rangée – avec Georges de Caunes – avant de devenir une passionaria de l’égalité entre les sexes, engagée dans tous les combats féministes de la deuxième partie du siècle passé, du divorce, du droit à l’avortement jusqu’à la féminisation des noms de métiers au début du septennat mitterrrandien. Avant d’être, désormais, une belle grand-mère, toujours aussi libre, à la tête d’une grande famille très majoritairement féminine.

    Les chapitres alternent donc le récit de la vie de Benoîte Groult et les moments d’échanges entre cette dernière et sa biographe, mêlant l’oeuvre et son “making of”, en quelque sort, dans le même roman graphique. Les deux aspects sont traités sur le même plan, et dans le même style – simple  et plus dépouillé encore que dans les précédents albums. Les éléments recueillis par Catel au cours des multiples séjours dans l’intimité de l’écrivaine sont aussi restitués, sous forme de carnets de croquis.

    De tout cela ressort un portrait empathique et bienveillant, même s’il n’omet pas de décrire le caractère entier du personnage et son parler parfois rude (ainsi, pour l’anecdote, de son mépris affiché en couverture pour la bande dessinée). Et si Benoîte Groult n’aime pas la BD, cette dernière, à travers cet ouvrage, lui rend un joli hommage.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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