Aiôn boucle bien la boucle temporelle

     Aiôn, Ludovic Rio. Editions Dargaud, 132 pages, 16,95 euros.

    Dans l’espace, on savait déjà depuis Alien que personne ne vous entendait crier. On peut aussi ne pas voir passer le temps. C’est ce que va connaître Lexi Néel, en voie de retour vers la Terre, en cette année 2312. Endormie dans son cargo spatial bourlinguant dans l’espace, elle se voit sortie de sa stase léthargique par son androïde de bord suite à un appel de détresse envoyé depuis la planète Aïon.

    Sur place, elle découvre une base scientifique étrange, apparemment désaffectée depuis des années, avec le cadavre squelettique de son dernier responsable, le physicien Eliot Lorenz encore à son poste et pour seule présence animée, un autre androïde, Maxine. Mais cette dernière semble avoir encore une mission à remplir. Et Lexi est peut-être bien le “cobaye” attendu d’une expérience particulièrement déstabilisante. Enfermée et endormie de force, elle se retrouve, à son réveil en 2296 et en face d’un Eliot Lorenz tout a fait vivant…

    Belle entrée en matière chez un grand éditeur pour l’Amiénois Ludovic Rio, formé jusqu’ici à l’école de la BD indépendante et volontiers expérimentale des éditions Polystyrene et au BD-reportage du défunt site d’informations locales Le Télescope. Quoique la recherche formelle ne soit pas totalement absente de ce roman graphique à la pagination conséquente, mais qui peut être lu et relu avec un plaisir grandissant. A l’image, un peu, de la boucle temporelle répétitive au coeur de l’intrigue.

    Derrière un style semi-réaliste ligne clair, sobre et soigné, Ludovic Rio mixe en effet plusieurs thématiques de science-fiction à travers ce huis-clos intrigant et passablement oppressant.

    Le paradoxe temporel bien sûr, et son incontournable prise de tête lorsque l’on s’engage dans une réflexion logique du mécanisme. Ici, celui-ci est bien maîtrisé, avec finesse (ainsi du clin d’oeil avec l’insecte présent ponctuellement et apportant une preuve de cohérence temporelle) et avec une logique qui fait songer à la rigueur d’Universal War.

    Autre thème bien présent, même s’il est effleuré de façon là encore plutôt subtile, la responsabilité scientifique. Au-delà – et au-delà de cet autre clin d’oeil initial, à Alien, Ludovic Rio s’attache aussi au thème de l’intelligence artificielle et de la fameuse loi de la robotique puisée chez Isaac Asimov. Ses androïdes étant d’une froideur apparente bien restituée par le dessin et la mise en couleur, avant la pirouette finale qui nous les fait percevoir d’un autre oeil.

    Ainsi, la finesse du trait rejoint celle du scénario. Et tout cela nous fait un bon album de SF aux thème certes convenu, mais sérieux et distrayant. De quoi inaugurer plutôt bien une nouvelle collection chez Dargaud associant diverses “visions du futur” et appelée à se décliner en cinq autres albums d’ici la fin de l’année.

    Ludovic Rio dédicacera son album ce samedi 18 mai, de 14 à 18 heures, à Bulle en stock, 4, rue du Marché-Lanselles à Amiens. Comme d'habitude, il faut téléphoner le matin (au 03 22 91 50 10).

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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