Astérix et périls

    Astérix chez les Pictes, Jean-Yves Ferri (scénario), Didier Conrad (dessin), éditions Albert-René, 48 pages, 9,30 euros.

    C’est peu dire que cet album était annoncé et attendu. Voire même attendu au tournant après le passage de témoin entre Uderzo et les deux petits nouveaux adoubés par le maître, Ferri et Conrad. Une transmission jamais facile lors de reprise de personnages aussi emblématiques et toujours susceptible de tourner au procès en illégitimité. Seul “avantage” pour le duo, les derniers albums signés en solo par Uderzo étaient plutôt décevants et même à la limite de la catastrophe industrielle s’agissant du Ciel leur tombe sur la tête.
 Autres atouts, ni Conrad (vieux routard de la BD franco-belge), ni Ferri (auréolé de ses histoires parodiques du général de Gaulle ou de son Retour à la terre) n’ont à faire leurs preuves en matière de bande dessinée. Et, de toute façon, cela fait longtemps qu’Astérix relève plus du box office et du marketing que de la critique littéraire (preuve en est la vente exponentielle du dernier titre…).
    C’est donc libéré de tous enjeux que l’on doit se plonger dans ce nouvel album (après acquisition dans une vraie librairie pour ce qui demeure quand même un livre avant d’être un produit de grande consommation vendu en tête de gondole).

    Nous sommes toujours en – 50 avant J.C. Et un village d’irréductibles Gaulois résiste toujours à l’envahisseur romain. Et dans la première planche, il cherche aussi à résister au terrible hiver qui s’est abattu sur l’Armorique. Hiver qui ramène même un charmant colosse en kilt dans une gangue de glace. Comme il se doit, Astérix et Obélix vont se charger de ramener chez lui ce guerrier picte, jeune prince nommé Mac Oloch, victime d’un machiavélique adversaire allié aux Romains. Occasion d’une balade en Calédonie (l’Ecosse de l’époque) qui va plonger nos deux héros dans les complexités des guerres entre clans rivaux.

    S’inscrivant respectueusement dans l’univers d’Uderzo et Goscinny, et retrouvant la tradition des récits d’Astérix et Obélix hors du village, ce 35e album reprend les fondamentaux qui ont balisé la série : les pirates, les bagarres, le banquet final sont bien là et jeux de mots, clichés et anachronismes rythment le récit. Avec plus ou moins de réussite.

    Ferri livre un scénario qui se tient, même s’il faiblit un peu dans la partie écossaise et sa fin trop lapidaire. Sans le vouloir, il se montre même en pleine phase avec l’actualité, avec l’évocation, au début, du droit d’asile… en pleine affaire Léonarda (qui donnerait presque à penser que cette dernière n’aurait été qu’un élément de la campagne de com’ pour le nouvel Astérix). On trouve aussi une allusion subtile à la question de l’indépendance de l’Ecosse et un clin d’oeil (moins subtil, mais drôle) à Johnny Hallyday.

    Si la rafale de jeux de mots retrouve parfois la jubilation des albums de la période Goscinny, la multiplication des calembours (notamment à base de Mac) devient un peu lassante. Il en est de même avec le détournement des clichés folkloriques rattachés à l’Ecosse. L’invention des “pictogrammes” est amusante, mais “l’eau de malt” qui préfigure les pots de vin un peu facile. Même balancement dans le dessin et la mise en scène. Conrad se montre d’une fidélité assez stupéfiante dans le trait, particulièrement pour les héros et les personnages connus, mais moins convaincant dans la figuration du gentil monstre du Loch Andloll. Les expressions et les cadrages serrés fonctionnent, en revanche, la scène de bataille (page 43) est honteusement évitée, là où ces séquences homériques faisaient souvent fonction de morceau de bravoure de l’album.

    Comparée aux “standards” de la série et à son podium personnel (Astérix chez les Bretons, les Belges ou, plus encore Astérix en Corse, où l’on retrouve cette idée de ramener un étranger chez lui), cette balade chez les Pictes manque un peu de densité, mais, en soi, l’album n’a rien de déshonorant. Pas exceptionnel, mais un passage de témoin réussi quand même, qui laisse espérer d’autres retours en – 50 avant J.C.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Le Walhalla à Thor et à travers

    Walhalla, tome 1 : Terre d’écueils, Nicolas Pothier, Marc Lechuga, éditions Glénat, Coll. Treize ...

    Les trois petits cochons bien (re)chargés

    Les 3 petits cochons reloaded, Mo/CDM (scénario), Pixel Vengeur (dessin). Editions Fluide glacial, 46 ...

    Les Schtroumpfs s’essaient à l’ordre

    Les Schtroumpfs de l’ordre, par Culliford et Jost au scénario, De Coninck au dessin.Le ...

    No War, la tension monte au Vukland

     No War #2, Anthony Pastor. Editions Casterman, 120 pages, 15 euros. La tension s’accentue ...

    Les réfugiés, drame très humain

     Humains, la Roya est un fleuve, Baudoin et Troubs. Editions L’Association, 112 pages, 22 ...