Au coeur des ténèbres du monde d’après

    Le lendemain du monde, Olivier Cotte (scénario), Xavier Coste (dessin). Editions Casterman, 152 pages, 22,50 euros.

    Dans un futur proche, la Terre a basculé dans le chaos après une propagation anarchique des “I.A.”, les intelligences artificielles, au coeur de tous les appareils technologiques et même implantés dans les puces cybernétiques de millions d’hommes.
    Dans cette civilisation revenue à l’âge de la vapeur, l’armée font appel à un ancien casque bleu. Traumatisé par un des premiers “bugs” sanglants des I.A., celui-ci a l’avantage de n’avoir jamais eu d’implants. Sa mission va être de détruire le site où a été identifié le centre de l’épidémie, au coeur de l’Afrique noire… Il l’accepte d’autant plus que son ex-femme semble bien impliqué dans le complot cyber-terroriste.
    En bateau ou en zeppelin, James Keran va remonter le fleuve et devoir affronter de grands dangers, entre religieux fanatiques et convertis zombifiés. Mais il va aussi être confronté à ses peurs intérieurs et à une transformation radicale de sa vision du monde…

    Oubliez Terminator ! James Keran, tel qu’il apparaît en couverture de l’album, avec ses petites lunettes rondes et son iguane sur l’épaule n’a rien d’un Schwarzenegger. Et l’ambiance de ce one-shot d’anticipation évoque plus les derniers albums, très picturaux et hermétiques, de Bilal que la saga de James Cameron. La domination des intelligences artificielles est aussi ici surtout le prétexte à un voyage au coeur des ténèbres, et au milieu des horreurs humaines, qui renvoie bien sûr au roman de Joseph Conrad (ou à sa version cinématographique apocalyptique transposée au Vietnam par Coppola). Mais cette immersion progressive dans la folie dantesque est autant le reflet du projet visionnaire des cyber-terroristes que celui d’un monde englouti.

    Avec son rythme lent, ses flash-backs au départ bien confus, les planches très belles mais surprenantes de Xavier Coste, ce Lendemain du monde n’est pas d’un abord aisé. Il faut accepter de se laisser perdre dans les méandres de ce fleuve inconnu, se familiariser avec le dessin, accepter d’être mené en bateau (aux deux sens du terme) et voir ses idées premières sur le récit remises en perspective.
    Bref, le genre d’album qui s’apprécie nettement plus à sa deuxième lecture, au cours de laquelle on en remarquera mieux l’enchaînement et les subtilités. Et le style d’ouvrage qui laisse aussi une empreinte marquante dans les esprits. Sans avoir besoin d’intelligences artificielles, mais par son traitement original, fort. Et très humain.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Des semi-elfes à moitité convaincants

    Elfes, tome 4: l’élu des semi-elfes, Eric Corbeyran (scénario), Jean-Paul Bordier (dessin), éditions Soleil, ...

    Double regard poignant sur l’avortement

    Il fallait que je vous le dise, Aude Mermilliod. Editions Casterman, 168 pages, 22 ...

    Black Joke 2 : Le jeu continue

    BLACK JOKE, t.2, Masayuki Taguchi, Rintaro Koike, ed. Ankama, 192 pages, 6,95 euros. A ...

    Zombies néchronologies, l’amoral de l’histoire

    Zombies néchronologies, tome 3: la peste, Olivier Peru (scénario), Stéphane Bervas (dessin). Editions Soleil, ...

    Letter 44: dérapages bien contrôlés

    Letter 44, tome 2: décalage spectral, Charles Soule (scénario), Alberto Jimenez Alburquerque (dessin). Editions ...

    Stéphane de Groodt aime le mot dit

    Qui ne dit mot, Stéphane de Groodt (scénario), Grégory Panaccione (dessin). Editions Delcourt, 146 ...