Autant en rapporte le temps

    Time is money_couv Time is money, l’intégrale, Fred (scénario), Alexis (dessin). Editions Dargaud, 208 pages, 29 euros.

    C’est comme un voyage dans le temps que propose les éditions Dargaud avec cet album. Et ils reviennent du passé, sans avoir pris une ride : Stanislas, l’inventeur de la machine à voyager dans le temps – mais dans le but de faire fortune cette fois – dans son éternelle robe de chambre et Timoléon, le vendeur-colporteur de machine à vapeur pour rouler les cigarettes devenu son assistant et camelot potentiel. Car il s’agit bien pour les deux acolytes d’appliquer à la lettre la célèbre maxime: “le temps, c’est de l’argent”. Time is money, donc même si dans la pratique, c’est nettement moins simple.

    Envoyé à Florence rencontrer Léonard de Vinci jeune afin de lui extorquer un portrait de Mona Lisa à moindre prix, Timoléon va connaître un premier échec. Puis il sera à l’origine, pour avoir jeté une peau de banane, des effets d’un paradoxe temporel et du dédoublement de son inventeur de patron. Et l’idée d’aller voyager dans le futur sera tout aussi catastrophique. Sans compter l’apparition d’un étrange neveu dangereux puis carrément d’un jeune dinosaure…

    C’est vraiment un très belle idée qu’a eu Dargaud de rééditer les aventures “sordidement matérialistes” de Time is money dans un seul ouvrage. De quoi offrir beaucoup de bon temps de lecture. Et de retrouver une cohérence dans une série qui, bientôt cinquantenaire, a connu bien des rebondissements éditoriaux. Publiés dans le magazine Pilote de 1969 à 1973, les cinq récits (mais trois histoires en fait) des deux aventuriers du temps ont ensuite été réunis dans trois albums au milieu des années 70, puis les deux premiers tomes furent republiés de 1977 à 1980 dans la collection 16/22 et enfin, en 1992, en trois tomes chez Vents d’Ouest en 1992. De quoi s’y perdre un peu. Et, au final, ne plus être trop sûr de ne pas avoir raté un épisode.

    Time is money_planche teasingL’intérêt ici est de retrouver l’intégralité des planches parues dans Pilote, en noir et blanc, précédées des pages qui annonçaient le début du récit dans l’hebdomadaire et assorties d’un petit dossier de présentation fort bien fait.

    Sans être véritablement une série culte, Time is money a forcément marqué tous ceux qui l’ont lu même de façon éparse. Le trait fin et élégant d’Alexis (trop tôt disparu, en 1977), les scénarios doucement foutraques de Fred, l’humour absurde qui fait germer progressivement et irrésistiblement son grain de folie, l’univers burlesque qui se déploie de l’ère secondaire au 60e siècle, tout fonctionne encore parfaitement. Et le lecteur se retrouve emporté dans un univers de plus en plus jubilatoire et doucement hilarant. Pas de gros gags en effet, mais une douce folie qui gagne, portée par la finesse du dessin et les irrésistibles attitudes des deux héros.

    Unique et inclassable, à la fois classique et toujours marginal, cette série est bien, en effet, intemporelle. Et s’il est préférable d’aborder ce gros album par petits bouts – vu la densité du récit et la richesse des dessins, cette version intégrale redonne tout le souffle et la dimension de l’aventure.  Et si le temps, c’est de l’argent, celui passé dans ces pages est surtout un grand bonheur et une vraie cure de jouvence.

    Time is money_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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