Avec “Fairyland”, Skottie Young le magicien ose le conte trash

    I hate Fairyland, tome 1: le vert de ses cheveux, Skottie Young. Editions Urban comics, 136 pages, 10 euros (prix promotiionnel jusqu’au 30 juin 2017).

    Il était une fois une petite fille aux cheveux verts nommée Gertrude qui rêvait d’un monde magique dont elle serait la princesse… Et elle va voir son rêve se réaliser. Aspirée par la moquette, elle se retrouve projetée à Fairyland, le royaume de la reine Cloudia, régnant sur ses créatures étranges et charmantes, dans son monde sucré peuplé de licornes, de colosses coquins (à ne pas confondre avec les trolls taquins), de faunes et d’îlot de glaces réellement fait de crème glacée.
    Pour repartir chez elle, Gertrude doit juste trouver la clé qui ouvrira la porte menant vers son monde. Aidée par Larrigon Wentsworth III (une sorte de grosse mouche aux yeux globuleux) et d’une carte de Fairyland, sa quête ne devrait pas lui prendre plus d’une journée. Sauf que 27 ans plus tard, Gertrude est toujours là ! Son apparence de petite fille n’a pas changé, mais elle est devenue franchement caractérielle, haineuse et prête à massacrer tout ce trop gentil petit monde, histoire de passer sa rage (compréhensible). La reine, qui selon la loi ne peut s’en prendre aux invités de Fairyland, fourbit néanmoins quelques stratégies pour se débarrasser de l’intruse, dont la dernière pourrait bien causer sa perte…

    Remarqué et reconnu pour son adaptation graphique du Magicien d’Oz, le dessinateur américain Skottie Young (qui s’était aussi fait connaître pour son travail en comics chez Marvel) livre ici une version trash et délirante du chef d’oeuvre de Frank Baum. L’univers fantaisiste et féérique – du moins avant le passage de Gertrude –  et sa jeune héroïne font aussi songer, forcément à Alice au pays des merveilles. Mais, là encore, dans une version quasi gore et où la vraie méchante serait l’innocente Alice.

    Une fois la surprise passée et le principe du jeu compris – soit donc dès la page 12 avec la bonne lune explosée au canon et les étoiles déchiquetées en rafales – le récit se poursuit néanmoins de façon très agréable et jubilatoire, avec l’arrivée successive de personnages et de décors toujours surprenants (d’une sorte de cousin de Jabba le Hutt aux “sniffeurs glaireux”, pour ne citer qu’eux). Et cela d’autant plus qu’au-delà du côté parodique assumé, le monde de Fairyland est très soigné et possède sa propre personnalité.
    Jouant et pervertissant de façon drôlatique le principe des jeux de rôle, Skottie Young confronte aussi son univers aux couleurs acidulées (joli travail de son complice coloriste Jean-François Beaulieu) et au trait plutôt “kawaïi” et mignon avec un propos qui verse dans l’extrême opposé.

    Farfelu, d’une méchanceté gratuite réjouissante, le premier tome s’achève sur un twist au niveau de l’humour déployé jusque là. Et qui promet une remise en perspective alléchante.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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