Beau chant choral sur les rives du Kenya

    Kililana song, seconde partie, Benjamin Flao, éditions Futuropolis, 136 pages, 20 euros.

    Avouons-le, le premier tome de ce diptyque m’avait échappé… Et cette seconde partie aurait pu passer inaperçue aussi – sans le repérage des choix critiques émergeant pour le Grand prix de la BD (ce qui est, d’ailleurs et aussi, un des buts de ce prix). Or, il s’agit sans doute là d’un des albums les plus beaux et aboutis de l’année. Kililana song offre en effet l’une de plus pertinentes déconstructions des ravages du néo-colonialisme et des autres plaies que subit l’Afrique orientale (islamisme radical, drogue, etc). Et cela, sans didactisme ou lourde dénonciation idéologique, mais avec une fluidité et une pudeur à l’image de la finesse et de la limpidité de son trait.

    La première partie de l’histoire avait permis de découvrir Naïm, vivant à Kililana, dans l’archipel de Lamu, au Kenya. Sorte de Tom Sawyer africain, un enfant de 11 ans plus adepte de l’école buissonnière que des cours religieux à la madrassa où veux l’envoyer son grand frère, Hassan. Tout un petit univers se révélait autour de lui, sa “tantine”, un vieil homme noyant dans le qat ses douleurs, un capitaine baroudeur, des touristes européens plus ou moins pigeonnés.

    L'illustration de la page de garde de ce tome 2, qui donne l'ambiance de l'album.

    La seconde partie poursuit dans la veine du roman choral. On retrouve Naïm, perdu en mer, passager involontaire du bateau volé par le vieux Mzé, qui a récupéré la dépouille sacrée du légendaire Liongo Fumo (dont la tombe est promise à devenir un nouveau golf de luxe). Le capitaine Günter, lui, est otage des Shebabs somaliens, Hassan cherche toujours son frère et fait des rencontres susceptibles de faire vaciller sa foi rigoriste, etc.

    Magistralement menés en parallèle, les différents récits mêlent l’action très contemporaine de la traque des shebabs, de la mise en route des projets immobiliers ou de la dérive des drogués en manque à des parties plus fantastiques et oniriques, ou se ressent le poids des traditions. La partie centrale, autour de la dérive maritime de Naïm et Mzé, est le point culminant de l’album, avec une séquence de tempête vraiment stupéfiante de force et de beauté. Nourrie des voyages de l’auteur-voyageur – qui connaît manifestement très bien ce coin d’Afrique – cette confrontation violente entre deux mondes est restituée avec beaucoup d’humanité et de chaleur, à travers ces portraits haut en couleur et en émotion.

    Le style de Benjamin Flao, proche du crayonné des carnets de voyage rehaussé d’une très belle mise en couleurs, renforce cette narration par un graphisme somptueux.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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