Bestiarius, arène fantastique

    Bestiarius, tomes 1 à 4, Masasumi Kakizaki (scénario et dessin). Editions Kazé, 192 pages, 6,99 euros.

    Exit l’univers carcéral du poignant et remarquable Rainbow ou encore la sanglante aventure américaine Green blood. Masasumi Kakizaki est de retour dans l’arène avec une nouvelle série intitulée Bestiarius dont le quatrième tome vient de paraître aux Éditions Kazé.

    A mi-chemin entre Spartacus et le Seigneur des anneaux, ce manga nous plonge au cœur de l’Empire romain, au Ier siècle de notre ère. Les légions du cruel Domitien ravagent les dernières contrées où créatures fantastiques et humains coexistent pacifiquement. Désormais réduits à l’état d’esclavage, tous ceux qui survivent sont contraints de combattre dans l’arène pour satisfaire les instincts primaires de la plèbe. Parmi eux, Finn et Zénon, devenus gladiateurs malgré eux. Orphelin, Finn a perdu son père à l’âge de cinq ans lors d’une bataille contre les wyvernes, ces mythiques dragons vivant en Angleterre.

    Baptisé « Bestiari » en raison de sa capacité à survivre et à tuer les bêtes qu’il affronte, il est pris en grippe par l’empereur qui veut le soumettre coûte que coûte. Le jeune homme, qui doit son habilité à un maître d’armes wyzerne, captif lui aussi, ne songe qu’à retrouver la liberté qu’il a si peu expérimenté. Tout comme un autre « bestiari », le grec Zénon, recueilli et entraîné par un… minotaure. Aidés par les amoureux Elaine et Arthur, ils comptent bien retourner leurs armes contre leurs geôliers. Et même contre l’Empire tout entier…

    A l’inverse de Pline, ayant aussi pour cadre la Rome antique, Bestiarius n’est pas, à proprement parler, une bande dessinée historique, plutôt une uchronie dans laquelle se mêlent fantasy, mythologie et éléments réels.
    Les thèmes abordés par Masasumi Kakizaki sont la tolérance, la lutte contre le racisme et la liberté. La famille et le désir de paix sont également au centre de ce shônen qui s’adresse avant tout aux adolescents et aux jeunes adultes.

    Entre les combats de gladiateurs et les scènes de guerre, on ne s’ennuie pas vraiment, même si parfois on ne sait pas vraiment où veut nous emmener l’auteur, contrairement à Rainbow et ses personnages d’une grande profondeur et à la psychologie complexe. Peut-être parce que Bestiarius est avant tout une commande de son éditeur comme Kakizaki l’indique dans le premier tome et qu’il s’est borné à écrire un manga plus divertissant qu’autre chose ? On aurait préféré qu’il tente l’aventure seinen pour Bestarius.

    La bande dessinée mérite pourtant le détour. Graphiquement, le mangaka de 38 ans, véritable  génie du dessin, du découpage et du cadrage, fait la différence.  Le trait est sûr, maîtrisé. L’auteur contrôle à merveille l’art du mouvement. Quant aux décors, ils sont tout bonnement fantastiques. On imagine sans mal le nombre de recherches effectuées pour atteindre un tel réalisme et une telle précision dans les détails. Parfois, on a même droit à quelques double-pages en couleurs, ce qui est assez rare dans les mangas. Certaines sont tellement bien réussies qu’elles peuvent même être vues comme des tableaux : un dragon faisant face à des légionnaires, un minotaure armé d’une massue combattant dans l’arène…
    Le style n’est pas sans rappeler celui du grand et (trop) rare Kentaro Miura, auteur du fabuleux Berserk, monument d’heroïc fantasy. Avec Bestiarius, Masasumi Kakizaki confirme qu’il est sans doute l’un des dessinateurs de manga les plus doués de sa génération. Et qu’il mériterait, à coup sûr, la vie dans une arène !

    Par Bakhti Zouad

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