Bilal toujours à l’heure bleue

     Bug, livre 2, Enki Bilal. Editions Casterman, 88 pages, 18 euros.

    L’histoire reprend là où elle s’était arrêtée, à la fin du Livre 1. Vingt jours après le “bug” informatique mondial qui a plongé le monde dans le chaos. Seul astronaute survivant d’une mission spatiale sur Mars et porteur d’un étrange virus qui l’a doté de toute la connaissance numérique de la planète, Kameron Obb est parti à la recherche de sa fille, kidnappée par des mafieux corses et siciliens qui veulent l’échanger contre le pouvoir immense détenu par son père. Accompagné de la séduisante Dr Junia, et après avoir réussi à s’échapper du Califat de Gibraltar, Obb vole vers la Corse où se trouverait sa fille. En chemin, ils font une halte au large de Barcelone sur un monolithe planéto-phalanstère utopique des années 2030 désormais dirigé par des néo-marxistes progressifs qui entendent relancer le concept de “Maison du gouvernement” initiée en 1928 à Moscou…
    Pendant ce temps, la tache bleue s’agrandit sur le visage de Kameron Obb, tandis qu’une nébulosité également bleue venue de la face cachée de la Lune se rapproche de la Terre…

    Dans ce deuxième tome (d’une série prévue apparemment en cinq volumes), l’arc narratif se concentre plus encore sur Kameron Obb, devenu l’homme le plus recherché sur Terre par sa capacité mémorielle (en lien avec l’insecte spatial parasite venu squatter sa colonne vertébrale). Mais Enki Bilal développe encore ses visions de ce monde rétro-futuriste brutalement redevenu mécanique et analogique. Par petites touches, au fil d’une trame recentrée sur l’aventure personnelle de son héros principal, on découvre donc de nouveaux aspects de ce monde de 2042. Burlesques presque, comme ce chauffeur de taxi nonagénaire, seul moyen de transport des puissants mafieux, ou plus référentiel, comme ce mouvement néo-marxiste de la “Maison éternelle”, qui s’appuie directement sur l’ouvrage de l’historien Yuri Slezkine. La dimension plus directement “science-fictionnelle” de l’histoire devient aussi plus présente, même si elle reste encore aussi nébuleuse que la masse bleue du même genre se détachant de la Lune.

    Un deuxième épisode qui mêle encore brillamment les éléments d’exposition de l’intrigue et le récit d’action, toujours aussi choral, la dimension géopolitique et le parcours individuel de Kameron Obb sans oublier un aspect satirique. Et bien sûr, le graphisme est toujours aussi beau et profond. Avec une belle puissance évocatrice, dans le tableau de Paris, de cette cité verticale plantée au-dessus de la mer.

    Cette nouvelle série séduit d’autant plus que l’on pressent bien n’en être encore qu’au début, à cette heure bleue magique qui précède l’aube, riche de toutes les promesses à venir.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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