Prévert, très vert et à l’air libre

    Prévert-couvPrévert inventeur, tome 1: cadavre Hervé Bourhis (scénario), Christian Cailleaux (dessin). Editions Aire libre (Dupuis), 72 pages, 16,50 euros.

    De Prévert on garde l’image immortalisée par Doisneau d’un homme vieillissant, des poches sous les yeux (toujours malicieux), la casquette ou le chapeau en biais et la clope au bec. Et, souvent, quelques mauvais souvenirs de laborieux annonements scolaires.

    Dans cette première partie d’une bio enlevée – qui retrace les “véritables aventures de Jacques Prévert entre 1921 et 1930”, Hervé Bourhis et Christian Cailleaux font redécouvrir de façon documentée et chaleureuse le futur poète.

    Drôle d’idée de débuter un album sur Prévert – à jamais associé au Paris des Faubourgs et antimilitariste féroce – par une première planche où on le découvre en soldat en Turquie ! Cet impromptu initial est cependant à l’image de cette biographie dessinée, à la fois déstabilisatrice par rapport aux clichés et fidèle à la vie réelle de l’artiste.

    De fait, c’est durant son service en Turquie que Prévert rencontrera Marcel Duhamel (futur patron de la “série noire”, qui deviendra un grand ami et un peu son mécène des premières années de vache maigre), mais aussi le futur peintre Yves Tanguy. De retour à la vie civile, tout ce petit monde va s’installer à Montparnasse, aller de petits boulots en grosses bringues et faire la connaissance d’Aragon, de Breton, de Queneau, de Robert Desnos. C’est là que s’écriront quelques-unes des plus belles pages du surréalisme. Dont l’invention du “cadavre exquis”, ce jeu littéraire surréaliste qui donne le titre à cet album. Puis la radicalisation (et le sectarisme) de Breton vont faire exploser le groupe. Jacques Prévert s’éloigne et fait de nouvelles rencontres, notamment avec Giacometti et Pierre Batcheff, tandis qu’il commence à entrer dans une carrière de scénariste. Avant de devenir, enfin, le poète qu’il aura toujours été. Avec la publication du fameux “Dîner de têtes”, en 1931, qui clôt cette “première époque”.

    C’est un Jacques Prévert très vivant, très vert, que font revivre Bourhis et Cailleaux. Jeune, insouciant et d’une grande liberté d’esprit. Cette légèreté et l’ambiance aérienne du Montparnasse avant-gardiste des années 20 est bien restituée par le trait fluide et enlevé de Christophe Cailleaux. Un dessin qui, s’il apparaît un brin relâché au prime abord se montre plutôt talentueux dans la portraitisation des grandes figures de l’époque (au point que les petites bulles de dénomination apparaissent superflues et, en tout cas, un peu agaçantes). Les couleurs et la mise en espace participent également de cette belle illustration de la jeunesse de ce grand monsieur Prévert, à l’air en effet très libre…

     

    Prévert-planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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