Black sands, une île guère pacifique

    black sands_couv_lightBlack sands, Unité 731, Tiburce Ogier (scénario), Mathieu Contis (dessin). Editions Rue de Sèvres, 112 pages, 18 euros.

    Tiburce Ogier est de retour aux éditions Rue de Sèvres. Après l’ouest sauvage et onirique de Buffalo Runner, c’est une île guère plus pacifique qui sert de cadre à cette histoire surprenante, mixant récit de guerre, attaque de zombies et fait historique.

    En cet été 1943, la guerre bat donc son plein entre Américains et Japonais dans le Pacifique. Une guerre sans merci doublée d’opérations spéciales comme celle qui fait l’objet du débarquement nocturne d’un petit commando sur une île au large de la Nouvelle-Guinée. Quelques jours plus tard, six rescapés du naufrage de leur destroyer s’échouent à leur tour sur cette île mystérieuse et très dangereuse. Car en plus des patrouilles japonaises, les hommes sont assaillis par zombies agressifs qui vont progressivement les décimer. L’un des rares survivants, le caporal Joseph Gregovitkz, découvrira alors le secret de l’île et une horreur encore plus grande. Et plus humaine…

    Hormis dans quelques “nanars” cinématographiques improbables à base de morts-vivants SS, le mélange du récit de guerre et des zombies est assez inédit. Il est subtilement traité ici par Tiburce Ogier, dans une lente progression vers une horreur croissante.

    Débutant comme une chronique de guerre classique, lors de son double prologue d’exposition des personnages, l’album s’infléchit vite vers le basculement dans le fantastique gore avant que se révèle la vraie abomination au coeur de l’histoire, basée, elle sur un fait réel de la Seconde Guerre mondiale: celui de l’unité 731, créée par les Japonais pour réaliser des expérimentations bactériologiques et à l’origine de multiples sévices et crimes de guerre. Sur cette trame déjà chargée, mais très fluide dans le rythme du récit, Tiburce Ogier ajoute encore une dimension plus complotiste et géopolitique. Et l’osmose se fait bien entre ces différents éléments, intégrés dans une intrigue prenante.

    Si le scénario s’avère très réussi, le traitement graphique du jeune Mathieu Contis en réduit un peu la force, à cause d’un trait semi-réaliste trop rigide et figé et une colorisation souvent très (et trop) sombre. Mais s’attaquer ainsi, pour un premier album, à la réalisation de plus d’une centaine de pages dénote un souffle certain. Et malgré ces quelques imperfections, cet album a le mérite d’imprimer sur ces sables noirs des images fortes cette unité 731 et de son tortionnaire en chef, resté impuni, Shiro Ishi.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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