Bon anniversaire Franquin, en noir et toujours haut en couleur

    Franquin, il était une fois les idées noires, dirigé par Gérard Viry-Babel, éditions Fluide glacial, 120 pages, 19,90 euros.
    Gaston, l’anniv’ de Lagaffe, Franquin et Jidéhem. Editions Dupuis, 60 ans pour Gaston 56 pages, 10,90 euros.

    Soixante ans pour Gaston Lagaffe, quarante ans pour les Idées noires. Et plus tristement vingt ans depuis le décès de leur auteur, le génial Franquin. On le sait, 2017 est une année anniversaire.

    Et tandis que Beaubourg accueille pour quelques jours encore sa jolie expo consacrée au plus sympathique gaffeur de l’histoire du 9e art, deux albums hommage sont parus dernièrement pour célébrer ces anniversaires.

    Les éditions Dupuis ont sorti un “hors série” de la collection Gaston réunissant “60 gags pour 60 ans“, choisis parmi les quelques 900 et quelques égrainés au fil des ans. “les plus représentatifs, les plus drôles, les plus pertinents, les plus aimés“, comme le souligne M.Boulier, “directeur financier des éditions Dupuis dans sa préface. Si la méthode ultra-perfectionnée (à l’aide de groupes de lecteurs et de millions de capteurs) vantée par l’ineffable comptable de la rédaction n’est pas forcément établie, le choix final se tient incontestablement…

    Orchestrés de façon classiquement chronologique, cette succession de gags permet de suivre l’évolution graphique de Franquin, des premiers strips jusqu’aux pleines pages, avec un personnage qui gagne en rondeur, en relief. Tout comme les thématiques vont progressivement s’enrichir, sortant de la stricte vie de bureau pour embrasser des sujets bien plus vastes. Et au fil des pages, on prend plaisir à se replonger dans les gags ayant marqué son enfance, découverts au fil des semaines dans Spirou, dont la force du souvenir est intacte. On pourra juste déplorer l’éditing des plus minimalistes de cette compilation (une mention des dates de création des planches aurait pu apporter un peu de densité historique  et l’absence de la reprise du tout premier dessin de Gaston (arrivant à Spirou avec son noeud papillon). Mais le rapide survol déclenche toujours aussi sûrement les sourires, voire les francs éclats de rire.

    De leur côté, les éditions Fluide Glacial avaient fait paraître un hors série “magazine” en fin d’année, avant de l’éditer, dans une version étoffée et cartonnée façon “album”. L’ambition éditoriale est ici plus forte. Orchestré par Gérard Viry-Babel, “l’historien maison”, l’album revient plus particulièrement sur le travail de Franquin dans les années 70, lorsque le père de Gaston quitta Spirou pour Fluide glacial où il développa ses “idées noires” nées dans le “Trombonne illustré” éphémère de l’hebdo de Dupuis. Sans forcément sombrer dans une déprime de même teinte à en croire Viry-Babel, qui fait un sort à cette idée très répandue dans son éditorial, soulignant, en tout cas que la dépression n’était pas à l’origine des “Monstres”, puis des “idées noires”.

    Citation de Franquin à l’appui: “Pourquoi fait-on des dessins affreux ? Je crois que c’est surtout pour le plaisir simple et bête de faire des grimaces… En cherchant un peu plus loin, on trouverait peut-être que c’est pour transformer en gag la crainte du vieillissement, de la maladie, du cercueil ! S’il n’est pas ce remède, le dessin d’horreur est un dévergondage, ce qui n’est pas une raison pour que je m’en abstienne…

    Fort de cette grille de lecture, on prend un grand plaisir à retrouver quelques planches de “monstres” et d’idées noires distillées au fil de la centaine de pages de l’ouvrage, classées thématiquement et enrichies de témoignages de proches ou d’amis de l’auteur (dont Gotlib, Frédéric Jannin ou Isabelle Franquin) et d’anecdotes érudites. Ainsi de l’explication du recadrage-redécoupage effectué par Gotlib des “blancs flocons” (avec les loups pris par un homme perdu dans un désert glacé pour les lumières d’une ville et son salut).

    Ces planches et ces histoires courtes fascinent et séduisent en tout cas par leur intemporalité. Toujours actuelles, toujours parfaites.
    Et loin d’être faciles à égaler. Certains auteurs de la “jeune génération” se sont essayés à un tel hommage, ici, avec plus ou moins de réussites. Dans le style, le grand Foerster avec ses monstres “barjots et pas jobards” et Ferri (avec un pastiche fort proche du trait de Franquin), s’en sortent le mieux. Fabrice Erre et Luz, sans chercher à imiter le “maître” livrent eux, deux évocations très émouvantes.

    Bref, éclectique, bien rythmé entre les textes et les dessins, cet album là est un bel hommage. Il était une fois les idées noires et il est toujours Franquin !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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