Centenaire 14-18 : une page noire sur le Chemin des Dames

    CENTENAIRE 14-18 / Avec cette année de début de commémoration du centenaire de la Grande Guerre, on jettera un oeil particulier, déconnecté de l’actualité, sur les albums – nombreux désormais – sur ce thème. Et dont une part a déjà été chroniqué ici, d’où la création d’une nouvelle rubrique de classement, ci-contre à droite.
    Pour commencer, en accord avec son auteur, voici l’évocation d’un album assez récent, paru à l’automne, passé un peu inaperçu et qui se déroule pour une bonne part dans l’Aisne. Par un passionné d’histoire et de bande dessinée nantais, Jules Romans.

    Demba Diop, la force des rochers, de Tempoe (Scénario), Mor (Dessin). Editions Physalis, 48 pages, 13,50 euros. Cet album montre l’apport important des contingents noirs dans l’armée française au cours de la Première Guerre mondiale, et rappelle à juste titre le sacrifice de nombreux tirailleurs sénégalais dans des conditions climatiques épouvantables pour eux (un froid hivernal début avril dans l’Aisne et la Marne) pour la prise du moulin de Laffaux (vers Soissons). Blaise Diagne député noir (alors socialiste) de Saint-Louis-du-Sénégal intervient d’ailleurs fin avril pour s’offusquer des conditions d’engagement de l’ensemble des troupes noires (Antillais compris) à cette occasion (voir ceci page 105 de L’Afrique dans l’engrenage de la Grande Guerre chez Karthala).

    C’est un jeune Africain, désigné par le chef du village pour faire partie du contingent réclamé, qui est le narrateur. Les pages 18 à 41 sont consacrées à la montée en ligne vers les tranchées puis aux combats du moulin de Laffaux, avec au milieu deux pages de songe où Demba Diop se voit de retour en Afrique. Le rendu de la bataille est très remarquable par sa montée en dramatisation, ses choix d’angles de vues, de mise en page (avec un nombre de vignette qui croît en suivant l’intensité du danger) et de couleurs.

    Comme pour Turcos, le jasmin et la boue paru en 2011, on est embêté qu’une affaire de détails vienne saboter un ouvrage remarquable. Dans le premier titre croquer la ville de Laon aux mains des Français était un anachronisme, car la cité est aux mains des Allemands durant quasiment tout le conflit. Pour le second ouvrage, faire parler Maginot avec Diagne au plus tôt le 21 mars 1917 pour que le héros du récit alors civil au Sénégal se retrouve dans la bataille du Chemin des dames qui débute le 16 avril 1917, cela fait un peu court dans divers sens du terme.

    Ceci d’autant qu’il est prêté au député des anciens comptoirs africains des propos qui vont à l’encontre de son action durant la Grande Guerre. Loin de se faire le censeur de l’emploi des troupes africaines noires, il en est le chantre ; on est à front renversé puisque ce sont les autorités coloniales locales qui freinent le recrutement. En effet l’un pour les promouvoir, les autres pour s’y opposer savent qu’un emploi important en nombre ira avec des droits nouveaux revendiqués par les colonisés. Par ailleurs l’image du moulin de Laffaux n’est pas ressemblante, on s’est inspiré du moulin de Valmy dans Demba Diop. On notera que chez le même éditeur paraît de façon presque concomitante Sang noir qui évoque, en bande dessinée également, l’action des troupes noires durant la Grande Guerre.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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