Che Guevara contre les nazis…

    Eden Hôtel, tome 1 : Ernesto. Diego Agrimbau, Gabriel Ippoliti, éditions Casterman, 72 pages, 13,75 euros.

    Voilà un album qui vient de loin. D’Argentine, pour ses deux auteurs, et de l’immédiat après-guerre pour son contexte historique. Et ce n’est pas la moindre de ses singularités. Rigoureusement exact quant à son contenu, le titre (ci-dessus) pourrait laisser croire à une série Z, ou une uchronie à la Tarantino d’Inglorious Bastards. Rien à voir, en fait, avec cet Eden Hôtel, plein de délicatesse et de subtilité et qui s’avère être une des belles surprises de cet automne.
    Mêlant anecdotes historiques et récit fictionnel, Eden Hôtel est en effet une belle découverte, à plus d’un titre…

    Déjà, par son aspect visuel, porté par le dessin superbe de Gabriel Ippoliti. Ce jeune dessinateur autodidacte venu de la pub donne à son trait une authenticité saisissante et à ses couleurs (faites à l’ordinateur), une patine et un velouté dignes des plus belles peintures.

    Ensuite, par la richesse de son histoire. Ayant déjà oeuvré dans le domaine de la BD érotique, de la SF ou des récits jeunesse, l’Argentin Diego Agrimbau juxtapose ici, deux faits historiques. L’installation de la famille Guevara Lynch dans la région montagneuse de Corboda, à cause de l’asthme du petit Ernesto (et futur Che Guevara), dans l’immédiat avant-guerre. Et l’existence de l’Eden Hôtel, à La Falda, propriété du couple Eichorn, partisans d’Hitler et membres de la nombreuse colonie allemande peuplant alors cette région.

    Agrimbau imagine alors que la famille Guevara n’a pas fait que passer devant le palace, mais y a séjourné avant d’y revenir pour, le père et le fils, y mener une opération d’espionnage au profit de l’organisation antifasciste Accion argentina (organisation à laquelle Che Guevara a effectivement adhéré, jeune). Avec l’entrée en guerre de l’Allemagne, en 1939, en effet, le conflit se transporte aussi en Amérique du Sud. Et lorsque Accion argentina trouve un plan nazi d’invasion du continent, le père d’Ernesto Guevara se fait embaucher comme jardinier à l’Eden Hôtel afin de trouver les preuves du complot. Son fils, qui a tenu à l’accompagner fera déjà preuve de témérité et d’une détermination à toute épreuve…

    Au-delà de l’amusement de retrouver un Che Guevara dans sa prime jeunesse, le choix de faire porter le récit par la voix off d’Héléna, une jeune nourrice de l’hôtel qui ne restera pas indifférente au Che, permet de mener le récit à bonne distance. Et il permet, surtout, de faire ressurgir, les zones d’ombres entourant les colonies allemandes en Argentine à l’époque. La partie purement consacrée à l’action pâtit certes du soin mis à placer l’ambiance et les personnages, et apparaît un peu rapidement bâclée, mais elle se rattrape avec une étonnante et troublante rencontre finale…

    En attendant la suite – annoncée – des aventures d’Héléna, on peut savourer pleinement cette tranche de vie rêvée de Che Guevara et cette page noire de l’histoire de l’Argentine.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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