City Hall, tome 5, Rémi Guerin (scénario), Guillaume Lapeyre (dessin). Editions Ankama, 192 pages, 7,95 euros. Parution le 23 mai.

    L’accueil public reçu par la trilogie City Hall (ponctué par la sortie d’un joli coffret en fin d’année dernière), a permis aux auteurs de rebondir avec un deuxième cycle, prolongeant le précédent, mais bénéficiant d’avoir, cette fois, des personnages plus connus et d’un univers plus facilement assimilable.

    On replonge donc dans ce XIXe siècle parallèle où l’utilisation du papier a été banni à cause des dangers qu’il est susceptible de causer (en étant utilisé à mauvais escient, un auteur est capable de donner naissance à des créatures monstrueuses, les “papercut” en les couchant sur la feuille…). A l’issue de l’aventure initiale, Black Fowl, l’ennemi public n°1 de l’Angleterre, se cachant derrière un masque de corbeau, a pu être arrêté grâce à l’intervention du célèbre écrivain numérique Jules Verne, aidé par son assistant, le jeune Arthur Conan Doyle, et la jolie et mystérieuse Américaine Amelia Earhart. Mais désormais, Verne, a pris connaissance des terribles révélations sur ses origines. Et le corbeau, enfermé à la Tour de Londres, a réussi un ultime tour, en prenant l’apparence de Pierre Verne, le père de Jules, faisant planer la menace d’une exécution simultanée des deux hommes.

    Une nouvelle quête s’impose alors à Jules Verne et ses amis: retrouver la feuille de papier où à été “conçu” Black Fowl. Cette recherche les a amené, dans le tome 4 – et grâce à un étonnant “eurotunnel” – jusqu’à Victor Hugo, le “meilleur ami” de Pierre Verne, mais aussi l’un des fondateurs du “cercle des dix”, qui réunit notamment Agatha Christie, Guy de Maupassant, Edgar Poe ou J.R.R. Tolkien, jeunes hommes et jeunes femmes et écrivains de génie, qui bravent l’interdit d’user du papier, dans leur gigantesque bibliothèque secrète. Pendant ce temps, Harry Houdini se débat dans le “monde à l’envers”, créé par le génial (et un peu détraqué quand même) Lewis Carroll. Là où se trouverait la feuille sur Black Fowl…

    Si avec Radiant, les éditions Ankama ont réussi à faire paraître un manga français plus vrai que nature, avec la série City Hall, c’est, à l’inverse, des références très occidentales qui s’insèrent dans la forme du fascicule populaire nippon (même si cette fois, le sens de lecture occidental est conservé). En prime, c’est donc une bonne partie de la littérature “classique” de la fin du XIXe siècle qui est passée au mixeur d’une fantaisie policière steampunk passablement délirante. Avec ses développements parfois très vertigineux, côté graphisme comme dans le récit, la série de Guillaume Lapeyre et Rémi Guerin a en effet de quoi dérouter. Et si la trilogie initiale avait de quoi bluffer par sa créativité, elle pouvait aussi lasser par ses développements pas toujours très clairement amenés. Finalement très correctement conclue, elle sert désormais de base à ce nouvel épisode fort déjà de deux volumes. Le premier, paru en octobre 2013, faisait plutôt la part belle à l’univers steampunk, avec une vision dantesque d’un Paris sous une chape charbonneuse ou une version à propulsion fantastique de train sous la manche. Ce tome 5, lui, replonge dans les délices du décalage littéraire et joue avec les possibilités illimitées de la créativité romanesque.

    La bonne idée est, bien sûr, de faire des grands noms de la littérature fantastique et d’évasion française et britanniques des héros de mangas, tous jeunes, beaux et dynamiques, mais restant porteurs des éléments de leur univers originel. Lapeyre et Guerin ont même monté le curseur, en ajoutant une bonne demi-douzaine de nouveaux auteurs (et ce après le petit clin d’oeil, dans le tome 4, à la franchise voisine du Visiteur du futur). Et la fin de l’épisode voit débarquer encore de nouveaux héros célèbres comme Tesla, concurrent d’Edison. Une galerie de personnages fameux, décalés, qui transforme la série en un Hall of fame transfiguré.
    Largement situé dans le “monde à l’envers” de Lewis Carroll, cet épisode se fait de nouveau un brin vertigineux, mais se montre visuellement très réussi. Moins présente, l’idée du papercut laisse place à la création d’un univers fantasmagorique complet. Et laisse ouvert la possibilité d’autres développements à venir.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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