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Corto Maltese voyage encore bien

Corto Maltese, tome 14: Equatoria, Juan Diaz Canales (scénario), Ruben Pellejero (dessin). Editions Casterman, 80 pages, 16 euros (88 pages, 25 euros pour l’édition en noir et blanc).

Avant un nouvel Astérix et un quasi-inédit du Petit Nicolas, ce nouveau Corto Maltese fait figure de premier événement éditorial de l’automne… Et ça commence très fort : Une girafe poursuivie par des gendarmes à Venise.

C’est en effet par cette image surprenante que débute la nouvelle aventure de Corto Maltese. Nous sommes en 1911 et le l’aventurier maltais est à la recherche d’une “fausse lettre d’un roi que personne n’a jamais vu” et “d’un miroir magique“, celui du Roi Jean, mystérieux objet qui aurait été ramené des Croisades et qui posséderait un pouvoir magique.

Quittant la lagune vénitienne, cette quête va le voir contourner son île de Malte, l’emmener successivement à Alexandrie, Zanzibar et jusqu’aux rives du lac Victoria et sa jungle inconnue. Il va se confronter à des terroristes égyptiens, des juifs sionistes voulant implanter une communauté juive en Ouganda ou des soldats britanniques sans scrupules. il va aussi croiser Winston Churchill et Henri de Monfreid, évoquer Lord Byron (à l’origine de la légende) et rencontrer trois femmes aussi belles que dissemblables :  Aïda, la blonde journaliste du National Geographic, Ferida Schnitzer, allemande noire à la recherche des restes de son père – le dernier gouverneur d’Equatoria – et Afra, l’esclave africaine mutique apparue étrangement au milieu de l’océan…

Ce n’est pas pour rien que l’aventure part du lieu du fameux Fable de Venise, l’un des récits le plus ésotérique et onirique de Corto Maltese. Après un premier album très porté sur l’action (voire souffrant même d’un excès de rebondissements), cette deuxième reprise du duo espagnol Canales-Pellejero se montre plus contemplatif et voyageur – avec ses noms si évocateurs d’Alexandrie ou Zanzibar.
Les auteurs se laissent plus le temps de souffler et de disserter. L’aventure ici, poétique et rêveuse, passe autant par les mots et les dialogues que par les séquences d’action (pas totalement absentes et toujours traitées avec la distanciation désinvolte habituelle à la série).
Le dessin, lui, est toujours aussi bluffant de similitude avec le style d’Hugo Pratt. Et Ruben Pellejero gère particulièrement bien ses aplats de noir et ses cadrages. Enfin, s’agissant de la version “grand public” en couleurs, la palette graphique est également bien adaptée à cette ambiance rêveuse.

Etant moins attendus (et ayant moins de pression sans doute que l’an passé), Pellejero et Diaz Canales se permettent plus de fantaisie, mettant dans la bouche de Corto qu’il n’entend pas devenir “un héros de papier“, faisant dire à Aïda que ça l’étonnerait que Churchill “aille beaucoup plus loin en politique” ou redessinant de façon fantasmatique et très maternelle le relief de l’île de Malte. Ils abordent en revanche avec sérieux l’arrière-fond historique, en ses terres africaines de colonialisme et d’esclavagisme, mais aussi de premières tentatives d’indépendance nationale, tout autant que la dimension légendaire, en plaçant leur héros sur les traces du mythique roi chrétien.

Un travail  qui s’inscrit bien dans la tradition de l’oeuvre d’Hugo Pratt. Soigné et respectueux… un peu trop, peut-être. S’ils ne cherchent pas à copier Pratt, mais plutôt à le prolonger, on ressent encore comme une timidité à s’affirmer pleinement.

L’histoire, rythmée et variée, se parcourt avec plaisir. Mais elle manque encore d’une véritable originalité. Bifurquant, qui plus est, en cours de route, l’intrigue se dénoue ainsi sans réel enjeu. De quoi démontrer, certes, que ce n’est pas le but qui importe, mais bien le chemin parcouru. Sur ce point, comme le constate Corto Maltese : “L’aventure méritait (quand même) d’être vécue“.

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By Daniel Muraz

Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté.
Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre.

Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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