Davodeau, pas chien avec Le Louvre

    Le chien qui louche, Etienne Davodeau, éditions Futuropolis / Le Louvre editions, 144 pages, 20 euros.

    Le bandeau promotionnel, qui entoure l’album proclame le fait que le “nouveau Davodeau”, après Les Ignorants, se penche sur le Louvre. Chronologiquement vraie, dans la bibliographie de l’auteur, l’affirmation tape à côté en ce qui concerne vraiment cet album. S’il fallait l’inscrire dans une continuité, il serait plutôt “après” Bilal et David Prud’homme, les deux derniers auteurs en date à avoir participé à l’excellente série (au risque de se répéter) co-éditée par Futuropolis et le musée. Et, s’agissant de son oeuvre personnelle, Davodeau s’éloigne ici de la veine documentée du bd-reportage pour une réjouissante comédie, de pure fiction et pleine de fantaisie.

    Fabien est surveillant au Louvre depuis une quinzaine d’années. Il aime aussi Mathilde, une jolie fille décidée, montée à Paris pour fuir un peu son envahissante famille, les Benion. Lorsqu’il sera présentée quand même à celle-ci, dans la campagne angevine, Fabien va faire connaissance du pater familias, Louis, à la tête de l’entreprise de meubles familiale, de ses deux grands fils, Maxime et Joseph, pas méchants mais un brin beauf. Et aussi du grand-père, chez qui le métier de Fabien va faire ressurgir un vieux rêve : celui de voir le tableau d’un aïeul du XIXe siècle enfin reconnu par la nation ! Dès lors, pour satisfaire sa belle-famille, Fabien va se retrouver contraint de faire entrer au Louvre ce “Chien qui louche”, une croûte sympathique qui n’y a, bien sûr, nullement sa place. Il trouvera de l’aide, pour sa périlleuse mission auprès d’une mystérieuse association, “la République du Louvre…

    Généralement, quand il est question de musée et de tableaux, c’est pour faire sortir ces derniers. Ici, Davodeau renverse donc la perspective. Un objectif loufoque qui donne le ton à l’album, drôle et fantaisiste. S’il soigne tout particulièrement les dialogues et les tronches de ses personnages, l’auteur des Ignorants respecte bien le cahier des charges de la collection. Il se plonge au milieu des couloirs du Louvre, en représente les oeuvres, s’attachant plutôt aux sculptures et, un peu comme Prud’homme avant lui, interroge le rapport du public à l’oeuvre d’art ainsi exposée, mais aussi la place et la réalité de cet art. Notamment avec la tirade d’accueil du “Chien qui louche” au musée, même si c’est “un peu par hasard que la voiture-balai de l’Histoire vient de le ramasser” : adresse aux “peintres du dimanche, (aux) approximatifs des bords de rivières, aux aquarellistes des galeries marchandes avec leurs couchers de soleil trop colorés, leurs natures mortes trop mortes, leurs nus qu’on rhabillerait volontiers et leurs portraits qui n’en sont pas. (aux) malhabiles de la peinture à l’huile et ceux pour qui la peinture à l’eau, finalement c’est pas rigolo.” Une vision pleine de dérision, dans ce haut lieu de la culture française, mais qui demeure également d’une grande chaleur humaine.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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