De nouvelles recrues pour les Tuniques bleues

    tuniques-bleues_collectif_couvLes Tuniques bleues, des histoires courtes par..., collectif. Editions Dupuis, 120 pages, 19 euros.

    En écho à la sortie du soixantième tome des Tuniques bleues, une vingtaine d’auteurs rendent hommage à la série mythique de Salvérius, Lambil et Cauvin. Du sang neuf pour les Bleus et un hommage réussi, témoignant de l’imprégnation de la série chez tous ces auteurs.

    Etrangement – ou assez logiquement, en fait – ces histoires diverses tendent vers deux bords très différents : un humour caricatural, poussant encore le style initial de la série, telle que l’avait créée et dessinée Louis Salvérius et, à l’inverse, une veine plus réaliste en écho à l’arrière-fond souvent tragique de la plupart des aventures des Tuniques bleues et à l’approche documentariste développée par Lambil. Reflet assez juste de l’ambivalence qui fait la richesse incontestable des Tuniques bleues: de la veine humoristique “gros nez” au style semi-réaliste… et aller-retours…

    tuniques-bleues_collectif_bandeau Ainsi, Denis Goulet et Sti tirent leur histoire vers le cartoon et un retour des deux héros vers Fort Bow avec une mystérieuse – et très futile – cargaison à convoyer. Baba et Lapuss inscrivent aussi leur petite histoire dans le cadre de l’avant-poste dans l’Ouest et une histoire gag mettant en scène le blanchisseur chinois. Même ambiance chez Olivier Dutto pour une histoire épistolaire gentiment touchante dans un style très enfantin. Clarke propose pour sa part une amusante histoire courte en forme de jeu de mots visuel autour des “Dalton”

    Retour à Fort Bow, par Baba et Lapuss
    Retour à Fort Bow, par Baba et Lapuss

    Olivier Schwartz et son “cousin américain” s’inscrivent un peu au mi-chemin, avec un dessin tirant vers la ligne claire mais un récit abordant de façon très réaliste (et historique) le thème du racisme anti-noir.

    A l’inverse, Denis Bodart et Thierry Gloris, qui ont l’honneur d’ouvrir le recueil envoient Blutch parmi les tireurs d’élite, dans une veine semi-réaliste très joliment colorisée. Munuera brode aussi autour du thème du convoi vers l’ouest, avec une campagne promotionnant le corned-beef, avec un récit très rythmé, alternant violence réaliste et final plus comique. Aimée de Jongh ressuscite (dans tous les sens du terme) le “garçon au tambour dans une ambiance à la “Sixième sens”.
    Les deux histoires les plus marquantes sont peut-être celles qui s’éloignent le plus à la fois du style graphique et de l’esprit de la série, centrées toutes deux sur les états d’âme du sergent Chesterfield. Renaud Collin le montre en démissionnaire (ou déserteur ?) de l’armée marqué par la violence de la déportation des indiens Navajos. Le Picard Olivier Frasier associé à Joris Chamblain font un “reboot” très réaliste, avec leurs deux héros à bout de souffle et fatigués et un sergent Chesterfield prêt à être pendu pour complicité de désertion.

    Une magnifique "Cicatrice" par Renaud Collin
    Une magnifique “Cicatrice” par Renaud Collin

    Pau et Denis Lapière – avec un récit assez burlesque à base de pont piégé – ainsi que Zidrou et Maltaite – plongeant Blutch et Chesterfield dans des sables mouvants à l’issue d’une mission absurde destinée à capturer une dinde pour Thanksgivings – se montrent, eux, les plus proches de l’ambiance des Tuniques bleues. Avec deux récits de camaraderie et d’engueulades sur un léger fond d’antimilitarisme.

    Pau (au dessin) et Denis Lapière, très proches de Lambil et Cauvin.
    Pau (au dessin) et Denis Lapière, très proches de Lambil et Cauvin.

    Impossible de conclure sans évoquer Blutch. Le dessinateur qui a pris comme nom d’artiste celui du personnage du petit caporal s’est chargé de la couverture et de l’ultime histoire ; la première résume l’essence de la série (le sergent Chesterfield empêchant le caporal Blutch de déserter) et la seconde prolonge Blue rétro et faisant songer à l’épilogue de Capitaine Conan, et un retour forcément dépressif des héros guerriers à la vie civile.

    Cette diversité, ce foisonnement d’histoires (de bonne qualité) et la tendresse ainsi que la sincérité qui transparaissent dans cet album montrent en tout cas l’importance de cette série “intergénérationnelle” et l’immense sympathie qu’elle continue à susciter.

    tuniques-bleues_collectif_blutch

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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