Deux arts modernes expliqués dans la Bédéthèque

     

     

     

    La petite bédéthèque des savoirs :

    le minimalisme, Jochen Gerner (dessin), Christian Rosset (scénario), 88 pages ; l’artiste contemporain, Benoît Féroumont (dessin), Nathalie Heinich (scénario), 72 pages. Editions Le Lombard, 10 euros.

    Cette deuxième série de la “Bédéthèque” initiée par les éditions du Lombard fonctionne un peu par paire : deux ouvrages traitant, chacun à leur manière de l’oppression faite aux femmes (à travers l’évocation du féminisme et de la prostitution). Et deux, donc, s’intéressant à divers aspects de l’art moderne voire contemporain…

    S’agissant du “minimalisme”, Jochen Gerner avec Christian Rosset font débuter leur évocation du genre par Erik Satie et Alphonse Allais, le premier pour sa pièce pour piano formé d’un motif unique répété 840 fois (Vexations), le second pour sa série de tableaux monochromes aux titres humoristiques. Ce mouvement est parti de Montmartre, à la fin du XIXe siècle, en réaction aux excès du romantisme et son sentimentalisme exacerbé. Mais les haïkus asiatiques pourraient aussi prétendre à cette naissance.
    Less is more”  (“moins c’est plus”). Le mot d’ordre va se décliner en musique, en peinture ou en architecture, dans une recherche de l’épure, du refus de l’ornementation. Mais il s’agit aussi de réfléchir sur l’acte de créer, de donner la possibilité de réinventer ainsi l’œuvre. « En matière de beaux arts ou d’arts populaires, il s’agit de simplifier pour que le message, la sensation ou l’objet surgisse dans sa nudité : débarrassé de tout oripeau », résument les deux auteurs.
    Au fil des pages, on retrouve des figures très différentes, du musicien John Cage (et sa symphonie muette 4’33), Duchamp et son ready-made, les musiciens répétitifs Steve Reich et Philip Glass, Malevitch et son fameux “carré blanc sur fond blanc”, Yves Klein et ses monochromes bleus, l’Arte povera italien des années 60, Claude Viallat et ses motifs répétitifs, mais on peut aussi y rattacher la BD « ligne claire », les Peanuts de Charles M.Schulz, les Shadoks, Copi, Lewis Trondheim à ses débuts, le cinéma de Bresson ou celui d’Ozu. Divers groupes de musique pop ou de graphistes également.

    Pour évoquer ce courant “minimaliste”, l’adéquation s’imposait entre le thème et le dessinateur, Jochen Gerner, une des figures de proue du dessin minimaliste en bande dessinée, notamment dans l’hebdo Le 1. Mais si le tour d’horizon est complet et éclairant, il est aussi un peu « minimal » et donc frustrant, se réduisant à une succession d’exemples et de courtes présentation sans réelle articulation.

    Autre courant abordé donc en cette fin d’année: l’art contemporain. Avec l’aide de Nathalie Heinich, Benoît Féroumont dévoile un petit monde à travers l’itinéraire – emblématique – sur une décennies de trois copains des beaux arts. L’un, attaché à la peinture, va vivoter et réussira à vendre quelques toiles grâce à un système d’auto-édition sur internet. Le second va intégrer le circuit institutionnel des centres d’arts et des FRAC publics. Le dernier, qui s’est distingué d’entrée par une installation vidéo, va connaître la gloire internationale, après être passé de Berlin à New York, à travers les foires commerciales comme celles de Bâle ou la biennale de Venise et des ventes exorbitantes. Mais comme le souligne l’ouvrage, les prix astronomiques d’œuvres évoqués par les médias ne concernent que quelques rares artistes, tandis que la majorité galère dans l’ombre. Et, surtout, ceci n’est “pas un indicateur fiable de ce qui compte vraiment en art, à savoir la pérennité, la capacité à être durablement reconnu pour un grand artiste, y compris après sa mort.”

    Sans trancher dans la “querelle de l’art contemporain”, qui s’est développé depuis une dizaine d’années autour de la crédibilité ou de la fumisterie de l’art contemporain (qui pourrait être aussi, un art spécifique, à part), ce petit ouvrage permet au moins d’éclairer un peu les piliers de ce monde d’apparence très opaque pour qui n’en fait partie, et ce dans une perspective sociologique non dénuée d’intérêt. Et il le fait dans un style vivant et simple, très accessible. Tout le contraire de certaines oeuvres, donc.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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