Donjon… épilogue (double)

    Donjon-crépuscule, t.110: Haut-Septentrion, Joann Sfar, Lewis Trondheim (scénario), Alfred (dessin). Editions Delcourt, 46 pages, 10,95 euros.
    Donjon-crépuscule, t.111: La fin du donjon, Joann Sfar, Lewis Trondheim (scénario), Mazan (dessin). Editions Delcourt, 46 pages, 10,95 euros.

    Toute partie à une fin. Et c’est un drôle de jeu autour des jeux de rôles qui s’achève, seize ans après la parution du premier album. Alors, certes, le projet d’une série en plus de 200 albums, racontant toute l’histoire du monde, très fantasy, de Terra Amata, de sa génèse à sa fin, se résumera (sauf rebond imprévisible) en 36 tomes. Ce qui n’est déjà pas si mal.
    Ce qui n’est pas mal non plus, c’est que les deux ultimes tomes, parus simultanément voilà quelques semaines, se montrent à la hauteur de la série. Ou plutôt “des” séries.

    Né comme une plaisanterie et en tant qu’aimable pochade décalée des jeux de rôle “donjons & dragons”, Donjon a en effet donné naissance à une saga “tri-dimensionnelle”. La série initiale “Zénith”, qui raconte la plénitude de l’histoire du fameux donjon, lieu de rendez-vous et d’épreuves de tous les chevaliers de Terra Amata, s’étant étoffé d’une série postérieure, “Donjon Crépuscule” (numérotés à partir du n°101), plus dramatique et sombre, évoquant le déclin futur et la fin du Donjon, puis “Donjon potron-minet” (numérotés en négatif à partir du n°-99), narrant la construction du donjon et la jeunesse des personnages. Sans compter les “Donjon parade” et “Donjon Monsters”, one-shot mettant en scène des personnages ou des épisodes secondaires et parallèles !

    Dans cette fin crépusculaire du cycle “Crépuscule” du Donjon, Terra Amata a explosé en de multiples îlots, tous attirés vers le “haut-septentrion” par l’entité noire. L’air se raréfiant, toutes les créatures sont contraintes de se soumettre à ce dernier, afin de pouvoir respirer. L’ancien dragon Marvin (devenu le roi poussière) et Marvin le rouge (le lapin) vont mener un ultime et dantesque combat contre l’être maléfique, aidés par Zakûtû, la plantureuse fille de Herbert; lequel Herbert est envoyé pour sa part dans le royaume des morts pour tenter de retrouver son ancêtre, qui a jadis vaincu l’entité noire…

    Assez inracontable pour qui n’a jamais plongé dedans (ce qui serait une erreur), ces deux derniers tomes, non content d’être sortis en même temps sont en plus comme les deux faces de la même pièce, racontant l’histoire du point de vue de Marvin le rouge (héros du tome 110) et d’Herbert (tome 111). Cette superposition et cet enchevêtrement apportent un petit plaisir supplémentaire à la jubilation que procure cette aventure nettement plus fantaisiste qu’héroïque, même si les combats épiques alternent avec les blagues potaches, les grosses vannes scato et les clins d’oeil (le “gardien” réapparaît dans une case du 111 à la faveur d’un songe d’Herbert).

    Et côté dessin, Alfred (prix du meilleur album à Angoulême 2014) vient s’ajouter à la riche liste de contributeurs (Blain, Boulet, Killofer, Larcenet, Blanquet, Andreas, etc), se coulant bien dans l’esprit maison, ou l’esprit Donjon plutôt, avec un dessin bien découpé et rythmé. Et Mazan rempile et met un joli point final à la saga.

    Au final, toutes les quêtes, tous les exploits se seront évanouis, face à l’ultime et seul maître qui soit. Celui qui a eu raison de la passion de ses créateurs, comme de la bravoure des héros : le temps qui passe. Même si l’ultime (et poétique) planche laisse ouvert l’hypothèse que le Donjon renaisse un jour…

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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