Du Mali au musée du Louvre, la belle odysée d’une Maternité rouge

    Une maternité rouge, Christian Lax. Editions Futuropolis, 144 pages, 22 euros.

    C’est au tour de Christian Lax d’arpenter le Louvre. Dix-huitième auteur (et album) à intégrer la collection initiée avec succès par le musée parisien et les éditions Futuropolis. Mais, pourtant, son histoire commence loin de là.

    Au Mali, à la veille de l’indépendance, en 1960. Un jeune garçon de dix ans parvient à reprendre une “Maternité rouge”, petite statuette d’une mère à l’enfant, qu’un groupe de colons voulait piller avant de devoir quitter le pays. De nos jours, un autre jeune Malien, Alou, va retrouver la statue, cachée dans un gros baobab sacré que des islamistes ont fait exploser pour le punir. Incité par un vieux sage, qui a jadis suivi des études d’art à Paris avant d’en être expulsé, Alou va entreprendre alors un grand voyage pour emmener cette Maternité rouge jusqu’au Louvre, y retrouver une autre statue Dogon similaire, installée au Pavillon des Sessions.
    Sur place, il retrouvera des compatriotes, demandeurs d’asile vivant dans un campement précaire de tentes, sous la Cité de la mode près de la gare d’Austerlitz, mais aussi un conservateur du musée du Louvre fasciné par ces statuettes africaines.

    Christian Lax a pris un parti pris original pour aborder “son” album sur Le Louvre. Mais de même qu’il était parvenu de superbe manière de transposer l’histoire de Don Quichotte dans l’Ouest américain contemporain, il parvient à faire découvrir des aspects méconnus du musée avec une histoire plus ample, évoquant le drame des migrants et une réflexion sur les “arts premiers” ou, en creux, la problématique devenue d’actualité de la restitution des oeuvres d’art aux pays africains pillées par la France coloniale. Vaste problématique donc, mais rendue avec une fluidité et une maîtrise magistrale, à travers également un dessin élégant et fin de toute beauté.
    Et ce renversement de perspectives n’est pas sans une certaine ironie, puisqu’ici c’est pour préserver la statuette que celle-ci est proposée au musée parisien alors que les vandales sont dans le sud. Mais il y aussi l’ironie à voir, finalement, les oeuvres mieux considérés que les hommes – à voir le traitement auquel sont soumis les migrants campant sur les quais de Seine – et qu’un échange entre deux conservateurs du Louvre éclaire aussi.

    Album “politique”, dans sa manière d’appréhender la réalité contemporaine dans sa complexité, cette Maternité rouge respecte néanmoins le contrat de départ, en faisant aussi découvrir des espaces méconnus du Louvre, comme ce Pavillon des sessions, antenne permanente du musée Branly au sein du Louvre ou, plus surprenant encore, cet accélérateur de particules installé dans les sous-sols permettant de radiographier les oeuvres. Un petit dossier pédagogique, en fin, d’album, permet d’approfondir le sujet des Arts premiers au sein du Louvre.

    Avec cette Maternité rouge, la collection du Louvre accouche en tout cas ici d’un beau bébé de plus. Et Lax l’inscrit très bien dans la réalité présente.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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