D’une folie, l’autre par Gipi

    Vois comme ton ombre s’allonge, Gipi. Éditions Futuropolis, 128 pages, 19 euros.

    Silvano Landi, Un écrivain schizophrène est trouvé en plein état de confusion mentale sur une plage. Hospitalisé, il se bat contre ses hallucinations, faisant une fixation sur le dessin, mille fois répété d’un arbre sec et d’une station service. Deux éléments qui trouveront tout leur sens au cours du recit, incarnation de traumas personnel et familial. C’est dans ce lieu impersonnel que l’épouse de l’écrivain l’a quitté, c’est au pied de cet arbre, dans un trou d’obus, pendant la Grande Guerre, que son ancêtre a commis un acte innommable de survie…

    Le deuxième chapitre est d’ailleurs consacré au récit de ce second personnage. Cet autre Landi (aïeul du précédent), soldat italien, est envoyé pour une mission quasi suicidaire dans le no man’s land, face à une mitrailleuse Maschingewehr 1908, la première mitrailleuse, créée par un inventeur humilié par une barronne qui trouvait la guerre trop lente et ennuyeuse.  Le lien entre ces deux époques va se faire à travers les lettres du front envoyées par le bisaïeul et qui vont fortement marquer son descendant. Progressivement les deux histoires vont aussi converger, au point où “les choses ont commencé à partir en morceaux“.

    Pour restituer visuellement l’état de confusion mentale de son personnage, Gipi fait montre d’une belle inventivité graphique : la “réalité” de l’hôpital et ses médecins sont esquissés d’un trait rapide, comme un croquis pris sur le vif. Les visions de Landi, à l’inverse, se déploient comme autant de petits tableaux colorés. De magnifiques aquarelles. Parfois les niveaux se mélangent en d’étonnantes fusions. A noter, aussi, alors que s’approche le centenaire de 14-18, quelques planches superbes et terribles sur le déchaînement meurtrier de la guerre des tranchées.

    Folie individuelle d’un esprit dérangé, folie collective de la guerre… Les fantômes qui hantent les personnages, le poids du temps qui passe, la décrépitude, la folie, la mort, irriguent cet étrange et beau roman graphique . Même si la fin se montre un peu deceptive. Ou plutôt frustrante, car on aurait aimé partager encore ces fragments d’existence, qui, en une centaine de pages, provoquent déjà beaucoup d’émotion. Un livre qui remue.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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