En mémoire des grands hommes

    Panthéon, le tombeau des dieux endormis, Didier Convard, Eric Adam, Han Neck Han, éditions Glénat / éditions du Patrimoine, 56 pages, 13,90 euros.

    Futuropolis avait lancé sa collection avec le musée du Louvre – dont j’ai déjà salué à de (très) nombreuses reprises la qualité, et tout récemment encore – Glénat s’inscrit dans cette veine patrimoniale avec le lancement d’une collection co-éditée avec le Centre des monuments nationaux. Avec une visée plus large, thématiquement et géographiquement.

    Après des débuts un peu timides, et deux ouvrages paraissant en 2010 puis 2011, c’est une rafale de trois albums qui sort en cet été 2012, pour une rencontre hors normes avec Les Amants de Carcassonne, la redécouverte de Voltaire à travers le Complot de Ferney-Voltaire et donc cet album, le plus atypique du lot sur le Panthéon, “tombeau des dieux endormis”. Un ouvrage de science-fiction plutôt réjouissant, en forme de fable poético-philosophico-politique.

    Dans une démarche un peu similaire à celle entreprise par Nicolas de Crécy au Louvre dans son Période glaciaire, c’est une approche de pure anticipation qui est proposée ici. Depuis plusieurs siècles, suite aux dérèglements climatiques ayant provoqué une montée des eaux généralisées, l’humanité est allée s’installer sur la Lune, recréant une atmosphère artificielle, ayant éradiqué la guerre et la famine, et bâti une société délivrée également des tensions religieuses au profit d’un oecuménisme laïque et démocratique. Sauf que cette forme d’utopie est menacée par une vague de suicides croissante, un cancer psychologique nommé Amnésia morbide, causé par l’absence de mémoire historique de cette nouvelle société ayant coupé les ponts avec son passé terrestre.

    Une équipe d’historiens – jusque là délaissés par le pouvoir – est alors envoyé sur Terre afin d’en ramener des traces du passé. Ils atterissent – ou amerissent plus exactement – à Paris, à côté du Panthéon devenu un ilôt battu par les flots, et au milieu de l’offensive des “frères du présent” – qui refusent tout rappel historique vu comme maudit – contre les “panthéistes” installés dans le monument de la montagne Sainte-Geneviève. Nos “histoirnautes” sélénites vont tenter d’apaiser ce conflit afin de mener à bien leur mission. Non sans difficultés.

    Si le récit, avec ses rebondissements épiques mais manichéens, reste secondaire et si le dessin du réfugié thaï Nhek Han, ne séduit pas avec un style réaliste non exempt de maladresses, statique et trop “brut”, l’ambiance mélancolique qui nimbe l’album en fait son charme et sa singularité. Avec son humanité qui se meurt privé de ses racines et sa poignée de survivants faisant revivre l’esprit des siècles passés. Autres bons points, cette idée poétique d’une mélodie “mémo-alchimique” synthétisant les fluides de tous les “grands hommes” endormis du Panthéon  – où l’on retrouve le goût pour l’ésotérisme de Convard – et, quand même quelques vues magistrales d’un Paris noyé sous les eaux (à l’image du joli dessin de couverture).

    Bref, pas un chef d’oeuvre, mais de quoi quand même lui éviter d’être totalement noyé dans la production du moment.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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