En quête d’identité numérique

    MediaEntity, tome 1, Emilie (dessin), Simon (scénario), éditions Delcourt, 64 pages, 13,95 euros.

    Le “transmedia” (et ses déclinaisons sur divers supports et formes), nouvel avenir de la bande dessinée ? Dans le magazine dBD de ce mois, Zep, auteur d’un nouveau “classique”, fait part de son fort scepticisme à ce sujet : “Si elle est bien faite, une BD vous donne tous les éléments nécessaires à sa compréhension. Si on lui ajoute une lecture assistée, elle va perdre de sa richesse. Et je ne crois pas que l’on va faire évoluer la BD en lui ajoutant de l’interactivité.” D’autres, à l’inverse, y croient fermement, puisant dans les nouvelles possibilités technologiques, la matière à une nouvelle forme de narration.

    Avec MediaEntity, les éditions Delcourt amènent en tout cas le débat dans le grand public. Le premier d’une série annoncée de quatre albums vient de sortir, enrichi de pages en “réalité augmentée”… Mais surtout, le fond rejoint ici la forme. Et les bouleversements numériques sont au coeur de ce récit de (très légère) anticipation, centré autour d’un réseau social envahissant, MediaEntity donc, au sein duquel apparaissent des “mutations médiatiques” le rendant de plus en plus autonome (à ce titre, la bande-annonce est particulièrement bien faite pour restituer le “pitch” du récit).

    [youtube]http://youtu.be/Z5Cw12ylMd8[/youtube]

    Première victime du phénomène, dans ce premier album, un trader qui, inexplicablement, se voit reprocher une perte de 5 milliards d’euros pour une opération de bourse qu’il n’a jamais commise… Seule solution pour lui, la fuite. Il se trouve aidé (ou manipulé) par un étrange clochard, alors que dans l’ombre s’activent une bande d’activistes et qu’un couple atypique de journalistes (une jeune arriviste et un vieux photo-reporter fatigué) est sur sa piste…

    Dynamique, ce premier volet de l’aventure demeure encore un peu obscur, même si on ressent déjà le rejet et la fascination à l’égard des technologies de l’information – vrai sujet de la série. L’intrigue devrait se dévoiler au fil des prochains épisodes, rebondissant avec d’autres personnages, mêlant finance, people et médias.

    Le graphisme, lui, n’atteint pas le côté léché et “cinématographique” de la couverture, avec un style semi-réaliste (qui fait un peu songer à Cyril Pedrosa) non exempt de quelques maladresses. Quand à la “réalité augmentée”, elle n’intervient pas vraiment dans le récit (seules les pages de garde et un mini-dossier après les planches sont “enrichies”). Et si la technologie (à partir de l’application pour smartphones Layar) fonctionne très bien, l’apport à la narration relève principalement du gadget. Amusant au mieux, comme l’interview “décryptée” du pdg de MediaEntity ou l’écoute des messages du répondeur du trader, Eric Magoni. Mais pas franchement indispensable. C’est d’ailleurs préférable pour la lisibilité de l’album. Et cela aurait tendance à donner raison à Zep !

    Du moins pour cette partie “print”. Car, le reste de l’opération MediaEntity est bien plus cohérent et crédible. C’est le cas, ainsi, de la version turbomédia BD, très fluide et rythmée, où le graphisme d’Emilie, simple, devient très efficace et atteint sa pleine dimension. Les autres nombreuses ramifications envisagées (jeu de rôle, jeu de piste, recueil de nouvelles, web-série vidéo, etc) sont, elles, de nature, à générer un univers très immersif et à créer de vrais accros… Un vrai univers en parfaite synchronisation avec son thème.
    Et c’est tout le mérite de l’album (très “traditionnel” au final) que d’ouvrir vers ces nouveaux horizons artistico-ludiques.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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