Enola, une petite fille qui gagne à être connue

    Malgré les événements dramatiques de ces derniers jours, la vie continue. Dans le 9e art aussi. Ce vendredi et ce week-end, Joris Chamblain et Lucile Thibaudier seront en dédicaces dans la Somme, avec leur nouvel ouvrage, Enola, paru aux éditions de la Gouttière. Entretien en avant-première avec ses deux auteurs.

    enola_et_les_animaux_extraordinairesJoris Chamblain, scénariste notamment des célèbres Carnets de Cerise, et Lucile Thibaudier, illustratrice, ont travaillé de concert à la conception d’Énola, une petite fille espiègle et dégourdie. Le premier tome de ses aventures est aussi la dernière parution des éditions amiénoises de La Gouttière, régie par l’association On a marché sur la Bulle.

    L’histoire se déroule au début du XXe siècle. Dans un petit village, une gargouille de l’église fait des siennes: elle tourne sur son socle. L’artisan qui l’a sculptée a beau la remettre à chaque fois, immanquablement, la gargouille ne reste pas dans la position souhaitée et arrose ainsi les gens dès qu’il se met à pleuvoir. Fatigué de cette situation, le curé menace de la faire détruire. C’est alors qu’on appelle à la rescousse une fillette d’une dizaine d’années prénommée Énola dont la spécialité est de guérir toutes les créatures les plus extraordinaires. Après une enquête fructueuse, Énola ne faillira pas à sa réputation…

    Dynamique, débrouillarde, cette petite au coeur d’or n’a pas froid aux yeux et ses aventures se lisent avec délices.
    Les lecteurs ayant déjà plongé dans les Carnets de Cerise retrouveront avec plaisir le côté enquête rondement orchestré par Joris Chamblain. Graphiquement la douceur fouillée de Lucile Thibaudier est un ravissement. Ce n’est pas la première fois que ces deux auteurs travaillent ensemble puisqu’ils planchent de concert sur la série Sorcières, sorcières chez Kennes éditions. C’est d’ailleurs au cours d’une discussion autour de la série que l’idée d’Énola est née.

    Joris Chamblain.
    Joris Chamblain.

    Lucile aimait les histoires pour la jeunesse, se rappelle Joris Chamblain et elle aimait les histoires pleines de magie et au bestiaire incroyable. Je pense que je suis parti de là en me posant la question : C’est bien beau un phénix ! Mais quand il attrape froid, qui le soigne? Le projet a ensuite évolué. Il est passé par la série d’histoires courtes en cinq planches au texte illustré, mais c’est la rencontre avec les éditions de la Gouttière qui lui a donné sa forme définitive. Aujourd’hui, c’est donc une série d’albums de 30 planches où, dans chaque tome, la petite Enola soignera un animal Issu de la mythologie ou de l’imaginaire collectif.”

    Quatre tomes signés d’un coup

    Après les Carnets de Cerise, Joris Chamblain souhaitait aussi se diversifier. “Pascal Mériaux, pour On a marché sur la bulle, m’a dit être intéressé pour cette collaboration et j’ai dû monter un dossier rapidement. Par la suite, l’équipe m’a plu. La rencontre fut belle, on partageait les mêmes valeurs… Pourquoi ne pas travailler ensemble pour de bon ? La série a été signée très vite et, plein d’enthousiasme, j’ai écrit quatre tomes d’un coup !

    Et les auteurs n’ont pas choisi la période par hasard, donnant ainsi une ambiance steampunk qui n’est pas pour déplaire. Le décor n’est pas sans rappeler l’univers de Jules Verne. Et le toit du labo d’Énola présente quelques similitudes avec la tour de la maison Jules Verne d’Amiens… une Maison qu’ils ne connaissent pourtant pas encore !

    Steampunk not dead

    Je pense que Lucile et moi adorerions la visiter ! poursuit Joris Chamblain. Je trouve le style steampunk très noble, il permet une grande richesse de décors. Quand nous avons commencé la série, nous nous sommes demandé dans quel univers nous allions évoluer. Sur Terre ? Si oui, à quelle époque ? Comment faire cohabiter les rennes du Père Noël et le kraken des légendes nordiques ? Énola a-t-elle un laboratoire ultra moderne ?

    Il a fallu du temps avant d’arriver au steampunk. “Nous ne voulions pas d’un environnement actuel et froid, nous voulions de beaux vêtements, de belles machines, de belles maisons… Le style steampunk s’est ainsi imposé à nous pour toutes ces raisons. Et puis, avec Lucile, nous animons déjà la série “Sorcières sorcières”, qui baigne aussi à sa manière là dedans.” De plus, un positionnement dans un univers trop ancien, genre Grèce antique, aurait ôté tous les animaux imaginaires contemporains (la Petite souris, la cigogne qui apporte les bébés, etc.). “Et un univers trop moderne aurait “refroidi” la série avec ses ordinateurs et autres salles d’opérations carrelées et ça aurait juré avec les animaux mythologiques“.  Avis partagé par Lucile Thibaudier : “J’affectionne tout particulièrement ce style. Encore plus depuis que je suis passée à Nantes sur L’Île des Machines. C’est un univers qui permet d’utiliser des matériaux nobles dans les illustrations, le cuir, le velours, le cuivre, l’étain, le bois et tous ces matériaux contribuent à la chaleur qui ressort des planches.”

    Chaleur numérique

    Lucile Thibaudier
    Lucile Thibaudier

    La chaleur, justement, est très bien rendue dans chaque dessin, ce qui est loin d’être toujours le cas dans les bandes-dessinées réalisées par ordinateur, où il n’est pas rare de déplorer des couleurs uniformes rendant le tout plat et sans vie. “Je trouve que la couleur numérique est parfois très froide et trop lisse, confie la dessinatrice. Je suis quelquefois déçue par le manque de douceur et de rondeur des albums que j’ouvre. Je me suis donc attachée à mettre en place une ambiance particulière, une lumière, un décor, dans des tons chaleureux, et à utiliser l’outil numérique comme j’utiliserais un pinceau. Je ne voulais pas me contenter de faire du remplissage.” Et de toute façon, avoue l’illustratrice: “je n’aurai pas pu ! Ma méthode de travail est assez anarchique à vrai dire ! Je travaille sur beaucoup de calques différents, superposés, en essayant de garder de l’ordre, dans un premier temps : un calque de couleur de personnages, un calque d’ombres, un calque de décor… Et puis arrive le moment ou je mets en place l’ambiance colorée de la page, et là… c’est la fin de toute organisation : j’accumule les calques, jusqu’à ce que je trouve la justesse de mon ambiance. Pour la couleur plus précisément, je commence par poser une couleur de base puis à “arrondir” les visages (par exemple) avec un ton plus foncé en utilisant un pinceau très transparent, qui me permet d’augmenter le volume très progressivement. Ensuite viennent quasiment simultanément la pose de l’ambiance (s’il y en a une), de la lumière qui en découle éventuellement, et les ombres. Je suis pointilleuse, donc j’ai tendance à passer beaucoup de temps sur chaque planche, jusqu’à ce que j’en sois satisfaite.”

    L’album sortira fin janvier, pour le festival d’Angoulême. Mais il bénéficiera d’une avant-première régionale. Et même deux. à Amiens et Péronne.

    Par Gaëlle Martin

    Dédicaces d’Enola, avec Joris Chamblain et Lucile Thibaudier, vendredi 16 janvier, de 16h30 à 19 heures chez Bulle en stock (réservations à prendre le matin).
    Joris Chamblain et Lucile Thibaudier seront ensuite présents au salon du livre de Péronne ce week-end.

     

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