Fenêtres sur rue : Rabaté revisite Hitchcock avec Tati

    Fenêtres sur rue, Pascal Rabaté, éditions Noctambule/Soleil, 56 pages, 18,95 euros.

    C’est un travail à plein temps de regarder à la fenêtre, de surveiller, de guetter… D’ailleurs, retournons-y… Il ne faudrait pas rater quelque chose.” Ces quelques mots, en page de garde de Fenêtres sur rue – les seuls d’ailleurs de l’album – indiquent parfaitement le ton et l’objet de cet étonnant nouvel album de Pascal Rabaté.
    En dix tableaux, un décor et deux périodes (jour et nuit), c’est un petit théâtre du quotidien qui se dévoile et se déploie – littéralement, de part sa structure en accordéon.
    Dans ce plan fixe d’une façade d’immeuble, au cours de ces dix jours, donc, durant lesquels se déroulent l’histoire (ou plutôt les histoires), on assistera à un meurtre, une enquête pour démasquer le coupable, des tromperies, des allers-venues au lavomatic et au ravalement du mur du bar, au centre de l’action. Le tout vu en parfait voyeur, depuis l’immeuble d’en face…

    Le clin d’oeil à Fenêtre sur cour est bien sûr évident et parfaitement assumé. Au point de voir déambuler la silhouette du réalisateur dès la première page (en “matinées”) et de découvrir, ensuite, qu’un des habitants de l’immeuble regarde – côté “matinées”/jour – tous les films de Hitchcock (côté “soirées”/nuit, il visionne les films de Jacques Tati, dont la poésie burlesque – dont Rabaté n’est pas si éloigné – imprègne aussi ce drôle de projet.

    Placé donc sous les figures tutélaires d’Hitchcock et de Tati, Fenêtres sur rue est le premier né des “projets Yin et yang”, chez Noctambule. A savoir des “leporello”, des livres-accordéon ou le récit s’amorce d’un côté et se boucle de l’autre, et ainsi de suite.

    Cette structure s’avère d’ailleurs un peu perturbante au départ, contraignant, pour ne rien perdre au déroulement de l’histoire, d’alterner sans cesse de la partie “matinées” à la partie “soirées” (mais bon, être voyeur implique des sacrifices). Une fois la logique de cette lecture “circulaire” assimilée, l’immersion est en revanche très ludique. Et l’expérience assez unique et d’une grande richesse.

    Dans cette façade, chacune des dix fenêtres s’apparente à une case où l’on peut suivre le déroulement de chaque action au fil des pages, tout en se plongeant dans l’instantané figé de la vision panoramique d’ensemble. Autant de vrais petits tableaux, réalisés à l’acrylique par Rabaté, qui créent au fil des passages une vraie proximité avec les personnages et la vie qu’on imaginait pas si trépidante de ce coin de rue pas si tranquille.

    Un exercice de style original qui se concrétise par un bel objet et une belle réussite, où la forme rejoint le fond. Et inversement… forcément.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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