Goddamned, sacré foutu Dieu !

    The Goddamned, tome 1: avant le déluge, Jason Aaron (scénario), R.M. Guéra (dessin). Editions Urban comics, 152 pages, 10 euros.

    1600 an après l’Eden, le paradis terrestre est bien loin. Caïn expie toujours son crime originel d’avoir été le premier meurtrier de l’humanité. Immortel, il est condamné à errer comme un damné sur une terre dévastée, habitée par des clans primitifs et violents. Il ne cherche que le moyen d’enfin pouvoir être tué, espérant pour cela rencontrer les géants Nephilim, anges déchus et seules créatures capables de le faire disparaître. Son chemin va croiser celui de Noé, investi de son destin de sauveur de l’humanité et qui pour cela emprunte les moyens les plus répugnants, comme d’effectuer des razzias pour compléter son cheptel d’animaux et d’êtres humains, parmi lesquels un enfant, Lodo, que sa mère, désespérée cherche à récupérer. Caïn, malgré sa misanthropie cynique, se laissera fléchir…

    Dans le registre de la Bible revisitée façon héroïc-fantasy, il y avait eu la série Noë par Darren Aronofsky et Niko Henrichon. Une version déjà rude et cruelle, mais qui ferait presque figure de gentille bluette au regard de ce Goddamned.

    Le jeu de mot du titre (Goddamned signifiant “malheureux”, “foutu”, mais aussi, littéralement, “damné de Dieu”) dénote un certain second degré. Mais la couverture et la première – superbe – double page coupent vite l’envie de sourire : dans un désert hostile, près d’une mare ou croupissent des cadavres rongés par des vers, un enfant manchot pisse avant que le héros ne s’extirpe de la fosse à merde… L’ambiance est posée. Violente, brutale, poisseuse, implacable et puissante. Et la suite ne décevra pas, avec un Caïn à mi-chemin entre Conan le barbare et Mad Max, à la fois blasé, suicidaire, accablé par un monde voué au désastre par sa faute, croisant des êtres dégénérés, vicieux et dont le phrasé argotique apparaît moins anachronique que comme le reflet d’une humanité déclassée. Noé ne s’en sort guère mieux en chef de clan esclavagiste et vaguement porté par sa vision mystique.

    Avec leur série Scalped, Jason Aaron et R.M. Guéra avaient marqué par leur capacité à faire vivre une intrigue forte et violente dans le cadre singulier mais très réaliste et contemporain d’une réserve indienne. Rien à voir ici donc, avec un récit à la mythologique et barbare. Sauf peut être cette même manière de capter le lecteur et de ne plus le lâcher pendant près de 150 pages.
    Après la double page initiale évoquée plus haut, les planches sont en effet époustouflantes. Les personnages – même grotesques – ont une force incroyable et une présence touchante. Le récit, lui, parvient très intelligemment à poser son personnage et le cadre de l’histoire tout en insufflant un rythme épique et une dimension mythologique à cette histoire à la fois nihiliste et pleine d’humanité.
    Pré-apocalyptique tout en recyclant les images et les codes des oeuvres post-apocalyptiques, The Goddamned commence de façon incontestablement marquante et emballante. On ne sait si Dieu y reconnaîtra les siens, mais en tout cas, on peut y voir le début d’une grande saga.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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