Greg Blondin et Dominique Zay : “Philippine Lomar, c’est Philip Marlowe en détective collégienne”

    Les éditions amiénoises de la Gouttière publient leur premier album d’auteurs du coin. Et donnent vie du même coup à une nouvelle héroïne amiénoise : Philippine Lomar.

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    Greg Blondin et Dominique Zay, lors des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, début juin 2016.

    Philippine Lomar, t.1: Scélérats qui rackettent, Greg Blondin, Dominique Zay. Editions de La Gouttière, 48 pages, 12,70 euros.

    Détective… et collégienne, Philippine Lomar va se retrouver confrontée – dans le premier volume de ses aventures, qui paraît aujourd’hui – à une histoire sordide de racket… qui pourrait bien cacher de plus grands méfaits. Derrière ses grands yeux et sa chevelure rousse, l’ado ne manque ni d’astuce, ni de caractère.

    On aura noté, dans le nom de l’héroïne, comme dans le titre de cette première aventure le goût des jeux de mots – et du jeu avec les mots – de Dominique Zay. Plus largement, les dialogues sont également bien enlevés. Côté dessin, on retrouve le style rond de Greg Blondin, plus poussé encore vers la caricature (comme celle du duo de méchants). Et lui aussi fait dans le clin d’oeil (avec une infirmière scolaire sosie de la Mademoiselle Jeanne de Gaston Lagaffe). Mais derrière la légèreté du style, le ton et le fond sont aussi graves. Et l’approche du racket est bien plus réaliste ; à l’image des décors amiénois très fidèlement reproduits.

    Enjouée et dynamique, Philippine Lomar fait une arrivée plutôt réussie dans le monde de la bande dessinée.

    Rencontre avec Greg Blondin et Dominique Zay qui, respectivement au dessin et au scénario, ont créé cette très dynamique héroïne…

    Dominique Zay, comment est née Philippine Lomar ?

    lomar1C’est un personnage que j’avais créé en littérature jeunesse, mais je n’étais pas satisfait du contexte, du cadre. Je l’ai donc laissé de côté. Lorsque j’ai rencontré Greg à l’occasion de l’album collectif des éditions de la Gouttière sur la Crise, pour lequel nous avons fait une histoire ensemble, je me suis dit que ce serait peut être bien en bande dessinée. Je lui ai proposé une histoire inédite avec Philippine Lomar, sous forme d’une longue nouvelle qui, apparemment l’a inspiré. Ensuite, on l’a fait lire à Pascal Mériaux et aux gens de la Gouttière qui nous ont dit que c’était un coup de deux ou trois volumes. Ils misent sur le potentiel du personnage. Le premier épisode sort donc ce 25 juin.

    Comment décririez-vous votre héroïne ?

    Déjà, c’est une détective privée, alors que généralement, les détectives sont des hommes. Et ce sont des adultes alors qu’elle n’est qu’une ado. Son nom vient du personnage de Raymond Chandler qui se nommait Philip Marlowe. Philip est devenu Philippine, Marlowe Lomar et le personnage joué par Humphrey Bogart est devenue une ado hyper-débrouillarde, qui a le sens de l’intuition, qui est maligne et qui n’a pas les poings dans les poches ; elle sait se défendre et elle a des amis pour ça !

    Et elle est donc Amiénoise…

    Oui. Mais elle bougera aussi. Le premier tome se déroule entièrement à Amiens. Mais dans le suivant, elle ira aussi Lille et Roubaix. Et dans la troisième histoire, elle ira en Baie de Somme. Peut être à Bruxelles aussi…

    “On a joué entre ce que Dominique avait imaginé et ce que j’apportais au niveau du dessin”

    Greg Blondin, comment avez-vous procédé pour le dessin de Philippine ?

    Elle était déjà décrite de façon littéraire. Et tout ce qui n’avait pas été décrit m’a donné la liberté de l’interpréter à ma manière. Par exemple, il n’était pas précisé qu’elle avait une queue de cheval ou qu’elle était rousse. Au niveau du physique, c’est pareil. C’est moi qui lui ai donné ce côté longiligne. On a ensuite joué entre ce que Dominique avait imaginé et ce que j’apportais au niveau du dessin.

    DSC_0214D.Z. : Ce qui m’a plu dans le travail de Greg, c’est que j’ai tout de suite vu qu’il aimait le personnage de Philippine. Et il est doué dans les passages où il n’y a pas d’action. Par exemple lorsque Philippine est avec sa mère. Là il apporte à l’histoire quelque chose que j’aurai été bien incapable d’amener…

    Vous évoquez la mère. Elle a aussi des caractéristiques particulières…

    D.Z. : Elle est sourde. Comme auteur de polars, j’interviens beaucoup auprès de public dit « en difficulté ». Et une intervention avec des non-voyants et des sourds-muets m’a particulièrement marqué. Au-delà du langage des signes, il y a une autre logique de transfert, de communication. Je trouvais bien qu’un des personnages puisse être ambassadeur de cela. Donc, c’est la mère. En plus, c’est pratique pour l’intrigue: elle a appris à Philippine à lire sur les lèvres, ce qui est bien pour ses enquêtes !

    “Amiens est un personnage
    à part entière de l’histoire”

    Le « plus » de l’album, pour le public local est régional, c’est bien sûr le fait que l’histoire se déroule à Amiens. Et les décors sont restitués dans un style nettement plus réalistes…

    G.B.: Mon dessin est plutôt de style enfantin et simple. Mais comme notre personnage était ancré dans une ville bien déterminée, je suis parti sur des décors effectivement assez réalistes, pour mettre en valeur des personnages qui, eux, le sont beaucoup moins. Mais je n’ai rien inventé en faisant cela. Le grand précurseur, c’est Hergé avec Tintin. Son héros est emblématique mais très simplifié en fait: deux points pour les yeux, un petit trait pour le nez et la bouche – et il évolue dans des décors très précis et détaillés.

    D.Z.: Nous sommes aussi partis dans l’idée que les lieux peuvent influencer les personnages. Ainsi, même si le lecteur n’a pas forcément à le savoir, chaque édifice important dessiné représente un personnage symbolique: le pouvoir, le danger, le sacré… Dans le livre, Amiens est un personnage à part entière. Comme souvent dans les histoires de romans noirs.

    Votre album est typiquement un album jeunesse, mais votre collégienne-détective ne se cantonne pas dans des histoires style «Club des cinq». C’était une volonté forte d’aborder de sujets graves ?

    D.Z.: Nous voulions en effet aborder des sujets graves, comme le racket, les violences familiales ou la maladie d’Alzheimer, mais avec légèreté. C’est le vrai pari de la série. Mais c’est également ce qui m’excite dans le polar: le fait d’éclairer des zones habituellement laissées dans l’ombre par la littérature. Et notre regard n’est pas malveillant. On ne fait pas de l’angélisme, pas non plus dans le sensationnel ou le misérabilisme ! En fait, Philippine est une résiliente : son père est mort dans un accident de voiture, sa mère a un handicap, elle habite dans une cité, mais elle a de l’énergie, la pêche !

    Le style et l’ambiance sont très différents, mais cet album m’a fait un peu penser à la série « Seuls », de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti (éd.Dupuis). Où, avec un dessin également très «enfantin», des enfants se voient confrontés à des épreuves tragiques. Et vont se rendre compte en fait qu’ils sont morts…

    G.B. : Oui, on peut dire cela. Et c’est un compliment pour nous!

    D.Z.: Mais nous, on fait un peu le contraire, car au fur et à mesure, les personnages s’aperçoivent qu’ils sont vivants !

    philippine-planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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