Hey… Ho, Let’s Go ! Les Ramones ramenés à la vie

    One, Two, Three, Four, Ramones, Xavier Bétaucourt, Bruno Cadène (scénario), Éric Cartier (dessinateur). Editions Futuropolis, 96 pages, 20 euros.

    Années 70. Le rock se perd dans les paillettes du glam et les envolées “progressives”. A New York, quatre jeunes vont lui donner une nouvelle énergie punk : les Ramones.
    Parmi eux, comme le résume bien l’éditeur, “une petite frappe autoritaire” (John Cummings alias Johnny Ramone), “un schizo plein de tocs” (Jeffrey Hyman, alias Joey Ramone), “un paranoïaque” (Tamàs Erdélyi, aka Tommy Ramone) et un “junkie“, Douglas Colvin (aka Dee Dee Ramone, l’âme emblématique du groupe.
    Après une enfance bousillée en Allemagne entre un père soldat américain (violent et alcoolique) et une mère allemande (alcoolique également mais plus aimante), une adolescence berlinoise où il découvre la défonce, puis une jeunesse new-yorkaise où il va croiser ses trois faux frères, tous aussi paumés que lui. Bassiste et parolier des chansons, Dee Dee va s’inspirer de son vécu pour ses textes, qui parlent de drogue, d’angoisse, de prostitution.
    Entre la quête insatiable de la prochaine dose, les éruptions colériques de Johnny Ramone, l’attitude de plus en plus dérangeante (et dérangée) de Joey Ramone ou du mutisme de Tommy Ramone, le groupe va pourtant s’imposer avec sa musique frénétique et son look étudié en jeans, baskets usés, cuir et cheveux longs. ..

    On est bien ici au coeur du “No Future”. Un vrai album coup de poing. Et sans concession. Comme la musique du quatuor new-yorkais. Centré sur la figure de “Dee Dee”, c’est l’envers du décor qui est dévoilé par Bruno Cadène (journaliste à France Culture) et Xavier Bétaucourt (à qui l’ont doit notamment les immersions nordistes dans Noir métal et Le Grand A). Des coulisses emplies de drogue, de spleen et d’une haine violente entre les membres du groupe.
    Manifestement fort bien documenté, raconté de façon prenante en flash-back récitatif post mortem, le récit est émouvant, saisissant. Avec ces jeunes décalés, loosers magnifiques manifestement pas faits pour une célébrité qu’ils ne cherchaient d’ailleurs pas forcément.
    Eric Cartier restitue cette rage intérieure et celle qui s’exprimait sur scène avec un trait vif, expressif et une urgence qui colle bien à son sujet.
    Dans le style, et même s’il s’agit là d’un autre envers de la fascination rock et de la décennie suivante, on pourrait le rattacher à l’épopée du fan de La Mano Negra contée par Franz Duchazeau.
    Loin de verser donc dans l’hagiographie, cet album livre aussi un instantané sur ces années 70 qui apparaîtront ici bien lointaines et tout aussi moroses. Pas de quoi arrêter d’écouter les albums des Ramones (qui, comme pas mal d’autres groupes punk, ont bien survécu, eux, au passage des années – nettement plus d’ailleurs que d’autres variations pop-rock de cette décennie là). Mais en tout cas, une autre manière de les voir.
    Aujourd’hui, tous sont morts, n’ayant pas survécu aux années 2000. Alors, comme le disait le titre de leur dernier album: Adios Amigos !

    A noter que l’album est complété par des notes développées sur les différentes pages, qui permettent d’aller plus loin dans la découverte du groupe. Et pour l’aspect musical, l’ensemble des albums est recensé (et achetable) sur leur site officiel. Punks not dead ! comme le proclamait cet autre slogan d’époque. En tout cas, pas oubliés. Ce roman graphique y participe bien.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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