Isabella Bird, joli oiseau migrateur

    Isabella Bird, femme exploratrice, tome 1, Taiga Sassa. Editions Ki-oon, 240 pages, 7,90 euros.
    A travers sa collection Kizuna, la maison d’édition Ki-oon renoue avec les femmes fortes et courageuses d’antan. Après Reine d’Egypte, l’histoire revisitée d’Hatchepsout, première femme-pharaon, voilà Isabella Bird du mangaka Taiga Sassa.
    Comme son nom l’indique, la bande dessinée revient sur une partie du parcours (méconnu) de l’exploratrice anglaise qui vécut au XIXe siècle. L’Isabella Bird présentée dès les premières pages est déjà une exploratrice confirmée. Hawaï, Colorado… elle n’est plus vraiment une novice en débarquant, en 1878, dans le port japonais de Yokohama, point de départ du manga.
    Pleine de vie et d’énergie, la jeune femme se cherche un guide-interprète pour aller à la rencontre du peuple autochtone Aïnou qui vit sur l’île d’Ezo (actuellement l’île d’Hokkaïdo, au nord-est du pays).
    Après de vaines (et comiques) tentatives, elle finit par trouver la perle rare en la personne du stoïque et séduisant Tsurukichi Ito qui se révélera être d’une aide précieuse tout au long de son périple. Dans ses lettres adressées à sa sœur Henrietta restée en Angleterre, Isabella Bird raconte son aventure exotique, les étranges us et coutumes d’un pays, le Japon, en pleine mutation, tiraillé entre la modernité et ses traditions ancestrales. Un choc culturel qui ne la rebute pas, bien au contraire. Curieuse, avide de connaissances, elle endure la chaleur, l’humidité, les moustiques, les puces et même la quasi-nudité (gênante) de certains de ses interlocuteurs à l’image de ces tireurs de Kuruma (l’équivalent des pousse-pousse) qui lui font remonter progressivement le nord. Comme un voyage dans le temps car plus les kilomètres défilent et plus la vie quotidienne des Japonais ressemble à ce qu’elle était avant la restauration de l’ère Meiji, début de la politique de modernisation du Japon…
    Particulièrement rythmé et formidablement détaillé, ce premier tome de plus de 200 pages se lit à la vitesse de l’éclair. Le charisme du personnage principal et la succession de rencontres y sont pour beaucoup. On s’attache assez rapidement à cette Indiana Jones au féminin, faussement niaise, voire cruche, au premier abord.
    L’Isabella Bird imaginée par Taiga Sassa a un tempérament plus complexe qu’il n’y paraît. Le feu couve sous ses joues rougies et on vient très vite à admirer ce personnage qui n’hésite pas à braver la mentalité patriarcale de son époque pour vivre son rêve. Un rêve dangereux mais pas impossible, à réaliser à condition de ne pas abandonner au premier écueil, retient-on en substance après la lecture de ce premier tome.
    Enrichissant, le manga a une valeur pédagogique. Ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur le Japon post-ère Meiji devraient y trouver leur compte. En ce qui nous concerne de belles découvertes culinaires ou culturelles comme cette touchante cérémonie qui scelle le passage à l’âge adulte (kamiage-iwai) de la jeune O-Haru à Nikko. Nikko où l’on peut admirer de merveilleux temples joliment restitués par Taiga Sassa. C’est aussi là la force du manga : des dessins qui sonnent vrais surtout pour ce qui est des décors et des paysages. Sans oublier que le meilleur reste sans doute à venir avec la rencontre des Aïnous (qui renvoie à l’excellent manga Golden Kamui de Satoru Noda et chroniqué dans notre blog). Autant de raisons de s’envoler vers ces terres inexplorées avec Isabella Bird.
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