Iznogoud en effet pas très bon

    Iznogoud président, de Nicolas Tabary, Nicolas Canteloup et Laurent Vassilian, éditions IMAV, 48 pages, 11 euros.

    Ayant toujours échoué à devenir “calife à la place du calife“, depuis cinquante ans, Iznogoud, le plus célèbre petit teigneux de la bande dessinée franco-belge, imaginé par Goscinny et Tabary, aura-t-il plus de chance par la voie élective et présidentielle ? C’est la trame de ce premier volume des “nouvelles aventures d’Iznogoud” (paru aux éditions IMAV, dirigée par Anne Goscinny). Un sujet qui ne doit sans doute rien au hasard en ce printemps 2012, et alors que le scénario est le fait des deux humoristes de la “Revue de presque” d’Europe, Nicolas Canteloup et Laurent Vassilian.

    Le dessin, lui, est assuré par Nicolas Tabary, le propre fils du créateur, avec un trait d’une grande proximité, voire même une troublante similitude filiale. On retrouve donc avec plaisir le profil anguleux d’Iznogoud, les bonnes rondeurs de son serviteur Dilat Laraht ou du calife Haroun El Poussah. Mais si l’immersion dans l’univers orientaliste de Tabary (père et fils donc) se fait facilement, c’est du côté du récit que ça coince.

    Las de l’auto-élection califale (dont il est seul électeur et seul candidat… inspiré peut-être de l’élection du Groland ?), Haroun d’organiser les premières élections démocratiques de Bagdad et de faire d’Iznogoud son opposant… De quoi décliner différentes séquences autour de la communication politique et sa déclinaison people. Des gags ou formules qui touchent parfois juste. Et la volonté du calife de “rendre la parole au peuple” fait irrésistiblement songer à une autre élection, très actuelle et très française, tout comme cette devinette : “Pourquoi l’immonde Iznogoud est aussi loin du peuple ? En fait il est proche du peuple, mais il est si petit qu’il paraît loin“… à croire que les deux auteurs avaient été informés de l’orientation populiste de l’actuelle campagne du candidat Sarkozy!

    Côté gags et  jeux de mots – qui faisaient toute la saveur de la série – là encore, quelques calembours s’avèrent bien tournés. Mais l’ensemble reste quand même assez poussif, voire lourdingue. A cela s’ajoute une volonté de modernisation forcenée – de “jeunisme” – agaçante, traduite par l’introduction d’un psychanalyste (Lâkan), d’un plombier singeant Super Mario, de la raillerie des réseaux sociaux (avec “fez-bouc”, une chèvre pouvant parler et répétant “I like” ou  la “truie-teur”) ou d’une référence aux révolutions arabes. Une accumulation de clins d’oeil  qui donne l’impression d’avoir voulu ratisser large plutôt que de bien creuser le récit. Et cette trop grande proximité avec l’actualité fait perdre à ce nouvel album une bonne part de la fantaisie des précédents.
    La comparaison pourrait être d’autant plus cruelle que paraît aussi cette semaine aux éditions IMAV, Iznogoud, 25 histoires de Goscinny et Tabary de 1962 à 1978, un beau livre de 280 pages, réunissant en un seul volume vingt-cinq histoires écrites par René Goscinny et dessinées par Jean Tabary, publiées dans Record et Pilote puis éditées en albums.
    Bref, pour conclure comme les auteurs dans la dernière case de ce “nouvel album” : PTDR (Pitrerie terminée, donc: rideau).

     

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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    • Pascalain

      Avec Canteloup, il ne fallait pas attendre une “kolossale finesse”. Le rédacteur a l’air étonné de cela ; ne sait-il pas que le seul talent de Canteloup, c’est celui d’imitateur ?

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