Jean-Pierre Pécau n’arrête pas son char

    cette-machine-tue-les-fascistes_couvCette machine tue les fascistes, Jean-Pierre Pécau (scénariste), Senad Mavric (dessin). Editions Delcourt, 88 pages, 17,95 euros.

    Cette machine tue les fascistes“: le chanteur de protest song américain Woody Guthrie avait inscrit cette formule sur sa guitare. Ici, un ingénieur soviétique, Sergueï Souvarov, en fait une transposition plus littérale encore… sur le flanc d’un char d’assaut. Mais pas n’importe lequel:  un IS-2, le Josef Stalin (soit Iosif Stalin en russe), considéré comme le meilleur char de la Seconde Guerre mondiale.
    Vétéran de Stalingrad et ex-Zek déporté en Sibérie, Souvarov a ainsi voulu marquer la fabrication du 500e exemplaire de son char. Et il explique sa philosophie à un général lui demandant pourquoi il n’a pas écrit “allemand” au lieu de “fasciste”: “Tous les Allemands ne sont pas des fascistes et à travers le monde, il y a beaucoup plus de fascistes que d’Allemands. Comme ça, la machine pourra en tuer davantage“.

    Sur cette base, radicale et révolutionnaire, ce IS-2 va traverser les conflits de cette seconde partie du XXe siècle : la bataille de Seelow, dernière grande bataille de chars avant la conquête de l’Allemagne nazie, les combats dans les ruines de Berlin, mais aussi la Hongrie de 1956, l’attaque de la Baie des Cochons à Cuba jusqu’aux combats de libération de l’Angola et les montagnes d’Afghanistan, broyant de nombreux équipages…

     Spécialisé dans lla BD historique réinterprétée, notamment à travers ses séries l’Histoire secrète et Jour J, Jean-Pierre Pécau s’est inspiré ici de Winchester 73, le film d’Anthony Man avec James Stewart dans lequel une carabine passait de mains en mains, déclenchant autant de courts récits.

    Le même principe est donc à l’oeuvre ici. Les équipages changent, le char demeure. Les personnages sont donc ici secondaires, malgré la volonté de donner un peu plus de chair à certains. Et cela tombe plutôt bien, car le dessin est bien plus réussi dans la restitution des chars et des scènes de combat que dans celui des hommes qui le font marcher. Néanmoins, la personnalité de Souvarov apporte une touche d’humanité tragique à ce récit, hanté qu’il est par sa création et meurtri par le drame terrible vécu à Stalingrad – drame que l’on découvrira lors d’un flash-back traumatisant.

    Au final, voilà une amusante manière (enfin, façon de parler) de revisiter l’histoire, côté soviétique, et plus particulièrement celle de ce prototype des chars modernes. Seul regret, on ne saura pas comment ce fameux IS-2 se retrouve à finir son existence en carcasse rouillée dans les montagnes afghanes de Tora Bora.

    Cette-MACHINE-TUE-LES-FASCISTES_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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