King of eden, colère divine et rage bestiale

    King of Eden, Takashi Nagasaki (scenario), Ignito (dessin). Editions Ki-oon, 208 pages, 7,90 euros.

    Thaïlande, Ecosse, Espagne…, partout sur la planète, des villages entiers sont ravagés par les flammes. Le scénario est toujours le même : les cadavres calcinés des habitants portent tous des traces de morsures d’animaux et ont subi de monstrueuses déformations. A chaque fois, un mystérieux individu est aperçu à proximité de ces lieux de mort, avec dans les mains un briquet et un bidon d’essence…
    De nationalité sud-coréenne, le taciturne Teze Yoo fait office de principal suspect pour la police andalouse qui parvient à l’interpeller, croyant avoir à faire à un membre de la branche asiatique d’Al-Quaïda. La menace n’est pourtant pas où l’on croit. Les policiers espagnols l’apprennent à leurs dépens, décimés par un des leurs…

    Toutes les victimes se sont, en réalité, entretuées, contaminés par un virus, variante de la rage. Un virus qui remonterait à la nuit des temps et qui serait lié au premier meurtre de l’humanité commis par Caïn sur son frère Abel. Une théorie biblique difficile à croire pour Interpol et différents services secrets alarmés par cette nouvelle menace. Car ce virus mortel est convoité par tous les groupes terroristes de la planète… Teze Yoo semble être le seul à prendre la mesure du danger avant l’apparition d’une jeune archéologue, le docteur Itsuki, recrutée par les services secrets coréens et l’Organisation mondiale de la santé. Une jeune femme surdouée qui se retrouve être, par le plus grand des hasards, une ancienne camarade de classe de Yoo…

    Thriller palpitant, King of eden se situe entre le manga et le manwha (bande dessinée coréenne). Le scénario est signé par l’un des maîtres du genre, le mangaka nippon Takashi Nagasaki, auteur de Pluto, Master Keaton ou encore Billy Bat. Cette nouvelle histoire, pleine de suspense, mêle à merveille fantastique, horreur et enquête policière. Tanger, Séoul, Ordos…, le jeu de pistes nous mène aux quatre coins de la planète avec des personnages envoûtants tel le fameux Teze Yoo à l’allure de détective privé dont on ignore les motivations exactes. Opère-t-il seul ou travaille-t-il pour une société secrète type Illuminati ? Que sait-il de ce mystérieux virus qui décime tout sur son passage et qui semble remonter aux origines bibliques ?

    Au-delà de son caractère fantastique et religieux, la bande dessinée aborde un thème très actuel, celui du risque terroriste qui plane au-dessus de nos têtes. Comment réagir face à une menace bactériologique, celle qui hante bon nombre de gouvernements ? Ici, la mission est donnée aux services de renseignements, les seuls semblant à même de la prévenir et de la contrecarrer. Mais comment agir en équipe quand les pays n’ont pas tous les mêmes intérêts à défendre ? Cette dimension géopolitique et stratégique est plutôt bien retranscrite par Takashi Nagasaki dont le scénario, noir et réaliste, tient véritablement en haleine. Et sans véritables temps mort malgré quelques longueurs dans les dialogues. Brinquebalé entre des scènes d’action, des flash-back et un puzzle qui prend forme, on ne s’ennuie pas un instant.

    Le dessin d’Ignito, qui livre ici sa première série, est à la hauteur du récit. Son trait semi-réaliste rappelle celui du grand Ryoichi Ikegami (Crying freeman, Strain, Heat, etc.). Notamment pour les portraits et les expressions. Le dessinateur n’abuse pas des jeux d’ombres et quand il le fait c’est toujours à bon escient, souvent pour servir une atmosphère inquiétante et effrayante. Le découpage est, lui, soigné et précis. On apprécie aussi le changement de style opéré au moment de dessiner les images bibliques se rapportant à Caïn et Abel lors d’un flash-back.
    Efficace et original. Comme l’ensemble de ce premier tome qui se dévore donc aussi vite que les contaminés s’entretuent.
    Tome 2 annoncé pour début mars.

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