La galère romaine se poursuit pour Pline l’ancien

    Pline, tome 3 : Les griffes de Poppée, Mari Yamazaki (scénario et dessin), Tori Miki (dessin). Editions Casterman, 200 pages, 8,45 euros.

    Nous l’avions quitté en plein travail d’observation et d’analyse à Rome où l’empereur Néron l’a fait quérir, au milieu du premier siècle de notre ère. Peu à l’aise dans cette capitale étouffante, Pline l’ancien, le plus célèbre des naturalistes, y dépérit malgré l’aide précieuse de son jeune scribe Euclès, tourmenté de son côté par Plautina une jolie et innocente fille de joie muette et introuvable. Le gouverneur-scientifique n’a qu’une hâte : retrouver Côme, ses lacs, ses montagnes et ses autres beautés naturelles.

    A Rome où il est arrivé à reculons, tout n’est que violences et manipulations, constate-t-il avec amertume. Néron et celle qui s’apprête à donner naissance à son fils, l’intrigante Poppée, créent un climat politique détestable, menaçant la stabilité de l’empire. Une ambiance lourde adoucie par l’arrivée de sa sœur Marcella, accompagnée de son mari Lucius et de leur bébé Gaius qui deviendra par la suite son fils adoptif connu sous le nom de Pline le jeune. L’occasion pour le plus grand savant de l’Antiquité de parcourir les rues de Rome à la recherche d’un percepteur pour ce jeune garçon qui s’ouvre à la vie. Des recherches qui lui feront croiser éléphants et esclaves alors qu’Euclès fera connaissance, lui, avec les adeptes d’une nouvelle religion qui prêchent l’amour de son prochain lors de réunions secrètes…

    Intitulé Les griffes de Pompée, ce troisième tome s’ouvre sur les déambulations de Gaia, le chat de Pline. Tout le premier chapitre est vu à travers les yeux du félidé. Un point de vue original qui permet d’apprécier Rome et la demeure de Pline sous un autre jour. Insectes, plantes variées, ouvrages en tout genre…, Gaia offre une visite guidée pleine d’enseignements et éclaire aussi sur la personnalité de Pline. Le père des naturalistes, auteur de l’Histoire naturelle, est un infatigable touche-à-tout, capable de s’émerveiller devant un scarabée, un éléphant ou un simple rocher ! Une belle façon pour Mari Yamazaki et Tori Miki d’hameçonner le lecteur.

    Dans ce tome, les deux mangakas en disent beaucoup sur les motivations du naturaliste mais aussi sur les croyances des Romains. Le bestiaire fantastique y est ainsi particulièrement mis en valeur avec les mentions de licorne, dragon, manticore ou poulpe géant. Passionnant. Le manga aborde également une partie du mode de vie des couches les plus aisées de la société. On est stupéfaits devant cette pratique – parfaitement détaillée – consistant à vomir ce que l’on vient de manger pour apprécier les innombrables mets suivants. Avec la possibilité pour le lecteur d’en savoir un peu plus, à travers le savoureux Charivari de Tori et Mari où les auteurs procèdent à un décryptage en règle du tome. Non sans humour, ce qui n’est pas pour déplaire.

    La série ne s’essouffle pas et il y a peu de temps morts, bien au contraire. Parfois romancé, le scénario suit à peu près le parcours que les historiens connaissent de Pline. Dessiné à quatre mains, le manga fait de nouveau la part belle aux décors réalistes et extrêmement bien détaillés à l’image des bas-fonds de Rome ou des paysages de Campanie que Pline finit par rejoindre. Le prochain tome s’annonce tout aussi bon alors que le Vésuve s’apprête à rugir.

    Par Bakhti Zouad

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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