La guerre d’Algérie d’un conscrit

    Soleil brûlant en Algérie, Gaétan Nocq, d’après le récit d’Alexandre Tikhomiroff. Editions La Boîte à bulles, 240 pages, 20 euros.

    La récente polémique ayant accompagné la décision de François Hollande de s’associer aux cérémonies du 19 mars (commémorant la date du cessez-le-feu en Algérie, en 1962) est encore venue montrer combien cette question demeurait sensible, même après un demi-siècle. Toute une génération est restée marquée par cette guerre qui ne voulait pas dire son nom.
    Certains ont témoigné, modestement, sur ce qu’ils ont vécu. C’est le cas d’Alexandre Tikhomiroff, dans sa Caserne au soleil. Proche des communistes, plutôt hostile au conflit, “Tiko” est appelé le 11 novembre 1956.

    C’est donc cette guerre d’un appelé, vécu à Cherchell, à 90 km à l’ouest d’Alger, que Gaétan Nocq, enseignant à l’école Olivier de Serres illustre avec brio. De l’incorporation à “la quille”, jusqu’à “l’après-guerre”, le retour à Paris et l’engagement dans l’action pacifiste, non sans risques d’ailleurs…

    Pas d’héroïsme ici. Tiko ne semble pas avoir enjolivé sa guerre. Celle-ci ne conte aucune scène choc, aucune scène de combats à proprement parler. La violence est en arrière-plan, à travers les commentaires et les rumeurs, comme lorsqu’un hélicoptère de parachutistes se crashe sur le plateau au-dessus de Cherchell, lorsque sa caserne se fait attaquer (mais il est alors en patrouille sur le plateau). Mais aussi lorsqu’un sous-off pète les plombs et flingue tous les chats de la ville, lorsqu’un appelé, ne supportant plus les brimades, se suicide. Ou encore, à l’occasion d’une perm’ à Alger, la découverte par Tiko de “la bataille d’Alger”.
    Au quotidien, la guerre d’Alexandre Tikhomiroff, c’est plutôt de longues attentes, les astuces pour améliorer l’ordinaire, comme se faire muter au mess des officiers ou des travaux de terrassement pour une absurde autoroute qui va détruire des murailles romaines millénaires. Ce sont aussi des nuits de garde dans le froid. L’ennemi, le “fellagha” est quas

    i absent de l’ouvrage. Où plutôt, il est bien là, comme une menace invisible, créant une tension de tous les instants.

    L’intérêt de ce roman graphique est aussi de se poursuivre une fois Tiko rentré à Paris. C’est alors une autre guerre qui se manifeste, celle que l’ex-appelé va mener, dans un groupe pacifiste afin de démasquer les partisans de l’OAS. Il y découvrira l’ampleur de leurs soutiens, notamment dans la police. Manière de ramener ces “événements” un peu exotiques au coeur de l’Hexagone.

    Restitué avec un crayonné précis et réaliste, ce témoignage montre une certaine réalité de terrain d’une armée en guerre. Une réalité dans laquelle sans doute beaucoup d’anciens d’Algérie se reconnaîtront.

    Loin des basses récupérations politiciennes contemporaines, un peu comme le beau film de Bertrand Tavernier, la Guerre sans nom, ce roman graphique restitue un visage et leur humanité à ces jeunes trop oubliés…

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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